jeudi 24 novembre 2016

Narcissique et pervers: de quoi Cyril Hanouna est-il le nom ?


Ce blog consacré aux relations des choses du privé et du public, et à la confusion toujours plus grande entre les deux genres, ne pouvait pas ne pas s’intéresser à ce qui se passe à la télévision, dusse-t-il en coûter à l’auteur, votre serviteur, qui ne se sert pas de cet instrument -la vie est courte et il est tant d’activités plus passionnantes- mais qui à l’occasion s’enquiert de ce qui s’y passe, et tente pour les besoins d’une chronique d’en recueillir la substantifique moelle au moyen de sa tablette.
Mon attention a été retenue par l’étrange relation nouée entre Cyril Hanouna et Matthieu Delormeau dans l’émission Touche pas à mon poste diffusée sur la chaine D8 du groupe Canal+, propriété de Vincent Bolloré. L’un est le producteur-animateur du programme et l’autre l’un de ses nombreux chroniqueurs. L'un est un pervers narcissique qui multiplie les humiliations et les farces de mauvais goût à l’égard de son collaborateur, et l’autre, souffre-douleur du précédent, qui consent à ce rôle, histrion aussi narcissique que son patron, mais lui pour briller à tous prix quand bien même dans la servitude et sous le mépris de celui qui abuse de lui.
Le CSA s’en est mêlé, le 23 novembre 2016, en adressant une mise en garde et une mise en demeure à la chaîne, sur des bases fort curieuses. après qu’il a fallu des centaines de plaintes des téléspectateurs. Une sanction pourrait suivre. C’est le « respect de la personne humaine et notamment la protection du jeune public » qui inquiète le gendarme de l’audiovisuel. Serait-ce que les formes d’humiliations et de ce qu’il faut bien nommer le sadisme et les actes de cruauté commis par Cyril Hanouna, et plus généralement l'abandon aux instincts les plus bas et la médiocrité revendiquée de l'émission au motif de « s’amuser » ne choquent plus personne une fois arrivé à l’âge adulte ? Serait-ce que l'on se soit habitué à la théâtralisation de ses relations sadiques et perverses, devenues le lot de la télévision depuis qu’elle est envahie par les talk-shows et les reality-shows ?
Une merde, une pleureuse, un bouffon
Dès la première participation de Delormeau à TPMP, en septembre 2015, Hanouna a demandé à l’ensemble des chroniqueurs de donner leur avis, pour ou contre, sur son arrivée dans l'émission. Il en a fait sa tête de turc, de blagues salaces pour l’humilier (les nouilles dans le slip) en cruauté délibérée (son automobile promise à la démolition), et d’insultes gratuites et sans raisons (vous n'avez pas de couilles, et voir plus loin) en mises en scène morbides et de mauvais gout, en parallèle à des polémiques savamment orchestrées pour faire le buzz, donnant lieu à des déluges d’insultes via Twitter et les réseaux sociaux contre les « darkas et les « teubés » qui n’aiment pas l’émission. Au total sept rappels à l’ordre de la part du CSA.
C’est une étrange relation sadomasochiste qui s’est nouée entre l’ex-animateur de NRJ 12 jouant au play-boy ou à l'amoureux transis et son patron, surnommé Baba, qui prend le rôle du mari jaloux ou du « père sévère qui corrige ses enfants » pour reprendre les propos d’une chroniqueuse, et gratifie son subordonné de « mon chéri » et de « garçon sensible », lui-même se vantant plus souvent qu'à son tour de la taille généreuse de ses attributs virils et en se moquant de la "petite bite" supposée de son employeur. Cela vole très haut comme on le voit.
Les limites du tolérable à la grosse rigolade sont parfois dépassées, comme la séquence du 28 septembre 2016 mise en cause par le CSA quand Hanouna traite Delormeau de merde, de pleureuse et de bouffon en lui demandant de fermer sa gueule, le même Delormeau qui, la veille, avait été outé de son homosexualité au milieu des rires gras de l’équipe et des hurlements du public devant un Cyril Hanouna hilare et déchaîné et un Ged Elmaleh pris au dépourvu puis se prêtant volontiers à la curée, au point que certains internautes ont traité Delormeau de  « goy de service » de l’émission.
La séquence était fort instructive et elle serait à mettre au programme de sociologie à l’université (avec la fameuse expérience de Milgram) sur les formes modernes de sadisme ordinaire, sur une certaine banalité du mal, ou sur le mécanisme de construction du bouc émissaire dans un groupe en fusion soumis à l’insécurité et à la pression (chronique de Bruno Donnet sur France Inter à ce sujet).
La deuxième séquence mise en cause par le CSA a vu Jean-Michel Maire embrasser le sein d’une participante sans son consentement. La troisième séquence, la pire de toutes, et pour cela soumise à l’enquête d’un enquêteur indépendant, est un canular où Hanouna met en scène une bagarre se finissant par la mort par homicide d'un des protagonistes, accident dont il demande à Delormeau de porter le chapeau auprès de la police.
Hanouna a cru bon de répondre, dans son émission même, à l’interpellation du CSA, en prétextant la rigolade et l’amusement, en se faisant bruyamment applaudir par un public aux ordres, comme il le fait chaque fois pour répondre aux critiques.
Pervers narcissique contre narcisse histrionique
Passons sur l’extrême médiocrité de l’émission, sur la vilenie des participants, sur le rire gras et la bêtise satisfaite qui s’y étale, celle d’Hanouna en premier mais aussi celle des chroniqueurs, qu’ils soient journaliste, artiste cultureux en tournée de promotion, amuseur public ou starlette de la télé réalité, avec mentions spéciales pour les piliers de l’émission, Gilles Verdez (son pugilat avec Joey Starr), Jean-Michel Maire (auteur du baiser non consenti) et Valérie Benaïm.
On l’a dit plus haut la relation entre Delormeau et Hanouna est faite de narcissismea partagés mais les deux ne se valent pas eu égard à la relation d’employeur à employé, Delormeau risquant à tout moment d’être viré -le fort roulement de chroniqueurs à chaque rentrée est une private joke au sein de l’équipe- et Hanouna ne se fait pas faute de rappeler qu’il dispose de ses chroniqueurs comme bon lui semble -tu es ma reine, tu es ma star, dit-il à Delormeau.
Le premier est un manipulateur sadique, le second consent aux humiliations et aux insultes, tout en les désapprouvant, par le besoin qu’il a d’exister, de se montrer, de se distinguer. Delormeau est beau, avec quelque chose de solaire à l'âge de vingt ans mais il est aussi limité intellectuellement. Beau et con à la fois, chantait Jacques Brel. Le narcissisme est un avatar des sociétés modernes. Il découle du processus d’individualisation, de l’anomie et de la désincorporation sociale, de l’effondrement du Surmoi comme référentiel moral et code de conduites canalisant les bas instincts (comme chez Donald Trump). Les incroyables confidences de François Hollande sont celles d’un narcissisme outrecuidant se croyant invulnérable.
C’est du reste le propre de ce type d’émission que de permettre à chaque intervenant d’avoir son moment à soi, de briller un court instant, et c’est tout l’art de l’animateur que d’offrir à chacun son quart d'heure de gloire, art dans lequel excellait Laurent Ruquier avec sa bande aux personnalités aussi narcissiques les unes que les autres, de Claude Sarraute à Gérard Miller et Isabelle Mergot. Hanouna est bien l’héritier de Ruquier, en plus grossier, en plus manipulateur, en plus pervers.
Le petit brun méditerranéen contre le grand blond fdesouchien
Le duo Hanouna-Delormeau est très étonnant à un autre titre, par la dissemblance d’aspects des deux protagonistes -ils sont comme deux types physiques opposés- l’un grand, musclé, le visage régulier, un blond aux yeux bleus, sans contexte un joli garçon, et l’autre petit, brun, pas bien foutu et le visage objectivement laid. Ces dissemblances renvoient de manière subliminale et impensé à leurs différences d’origines familiales et géographiques respectives.
D’un côté, Hanouna, d'origine juive tunisienne, fils d'un médecin généraliste et d'une commerçante de prêt-à-porter, incarne le sépharade fort en gueule, malin et entreprenant, sans gêne et sans complexes, prodigue de son bagout et de sa bonne humeur, tel qu’on l’imagine dans son entreprise de confection ou de la net économie du Sentier, de ceux que la série des films La Vérité si je mens, où lui-même a joué, a popularisé.
L’autre, Matthieu Delormeau, avec son nom si gaulois, issu d’un milieu bourgeois, le fils d’un grand avocat, est une petite chose délicate et maniérée, bien que le corps fort musclé et bodybuildé (ceci expliquant cela, faire de la gonflette, comme on disait jadis, traduisant fragilité psychologique ou manque de confiance en soi), un homosexuel à moitié déclaré qui joue de ses ambiguïtés, un garçon travailleur et consciencieux mais un peu naïf, et puis susceptible et soupe au lait, et limité intellectuellement quoique ayant quelques prétentions à traiter des sujets sérieux. Un petit blondinet, le babtou fragile ou le bolosse, la victime préférée des cours de récrée, le Gaulois ou le fromblanc, toutes ces expressions péjoratives et dégradantes venues des habitants des quartiers « difficiles ».
L’émission plait aux habitants de ces quartiers qui ont pour caractéristique commune de n’être pas de type "caucasien", de n’avoir pas les yeux bleus et de détester la France fragile et propre sur elle incarnée par Matthieu Delormeau, qui dans ce rôle, n’est jamais qu’un Harry Bellegueule acceptant sa condition de paria. Hanouna s’en prend souvent aux garçons qualifiés de fragiles, par euphémisme, les Ruquier, Morandini et Fogiel, et aux blonds, comme dans ce sketch ou coiffé d’une perruque, blonde évidemment, il se fout de la tête de Laurent Delahousse.
De quoi Hanouna est-il le nom ?
Hanouna est le signe de la revanche des petits bruns basanés des rives sud de la Méditerranée sur les grands blonds à la peau claire nord-européens, des cancres sur les bons élèves, des laiderons sur les beaux garçons, du migrant sépharade juif et pied-noir, ou arabo-musulman, sur le Gaulois.
Le titre même de l’émission, venu de SOS racisme -Touche pas à mon pote- vaut tout un programme : Hanouna a récupéré l’idéologie à prétention antiraciste pour se payer tout ce qui incarne la France et les Français, son histoire et leurs racines, l’élégance et le bel esprit, l’intelligence et les bonnes manières. Il incarne la société postnationale, multiculturelle et communautarisée, il montre la guerre du futur de tous contre tous entre individus et entre communautés.
Delormeau est la tête de turc de tous les perdants basanés, décidés à prendre leur revanche sur les grands blonds qui ont dominé l’Histoire des siècles passés. Pas de pitié pour eux, ils ont ce qu’ils méritent. Comme le racisme et les agressions religieuses, il y a celles que l’on relève et les autres -le racisme anti-blanc et les agressions anti-chrétiennes- qui ne comptent pas.
Le gentil Delormeau ne mérite ni pitié ni compassion. Ce pauvre garçon agaçant et un peu bête l’aurait même un peu cherché -les commentateurs de la presse de caniveau aussi bien que les internautes ne se privent pas de le mentionner. D’autant que les pédés votent à présent à droite et qu'entrés en force au Front National ils ne valent pas la peine que l’on pourrait se donner. 
L'impunité de ceux qui passent à la télé
Blonds et blondes sont devenus l’objet de la vindicte ou du mépris. D’où l’étrange impunité dont bénéficie Hanouna, et la curée contre Delormeau, et le malaise que l’on ressent. Les Voici, Closer, Gala, People et Cie se sont faits l’écho des avanies et cruautés subies par Delormeau sur le mode voyeur et gourmand mais la presse sérieuse ne s’en est mêlé qu’après un article des Inrocks.
On aurait aimé entendre le cœur des pleureuses qui se sont époumonées contre Denis Baupin et Jean-Marc Morandini à propos de faits non encore jugés, et donc non établis juridiquement, quand le sadisme et la cruauté d’Hanouna diffusées en direct à la télé les laissent de marbre.
Dans la société du spectacle tout est permis à celui qui fait de l’audience. Et TPMP fait beaucoup d’audience, jusqu’à deux millions de téléspectateurs, l’émission assurant un tiers des recettes publicitaires de la chaîne. Que des téléspectateurs aimassent ce type de programme montre à quel point le niveau monte, pour reprendre l'expression qui avait court à propos de l’école il y a une vingtaine d’années. Rien de surprenant puisque les industries de divertissement participent du mouvement d’abêtissement des foules, et au nivellement par le bas qu’occasionnent la mondialisation des cultures et des modes de vie et les migrations de populations non acculturées à nos valeurs et nos traditions, ce que l’école abandonnée aux pédagogues et aux idéologues du multiculturalisme serait bien en mal d’inverser.
Hanouna est un mélange de Bedos pour la méchanceté, d’Arthur pour le cynisme et le sens des affaires, de Djamel Debouze et Élie Seymoun pour le physique et l’autodérision. Le rire, l'agressivité et l’extrême vulgarité n’appartiennent qu’à lui et pour ma part j’ai du mal à déceler de l’humour dans ce qu’il fait.
Hanouna est doublement intouchable, par l’autocensure pratiquée dans les médias pour ne pas alimenter l’antisémitisme, et parce qu'il porte à sa façon la culture arabo-musulmane des quartiers et le vivre-ensemble supposé entre communautés différentes. Il est une sorte de Mathieu Kassovitz sans les qualités humaines ni les talents, ou de Jack Lang sans la culture et l'entregentLa polémique entre Hanouna et Michel Onfray fut révélatrice, le philosophe l’accusant d’alimenter le djihadisme et Hanouna de lui rétorquer qu’il ne voulait rien à voir avec "un islamophobe notoire », la presse faisant semblant de ne pas comprendre les propos du philosophe [1], et prenant fait et cause pour l’animateur.

Dans la novlangue le vivre-ensemble renvoie à la coexistence (rien moins qu'harmonieuse) entre juifs et arabes dans les pays musulmans avant la colonisation européenne. Voir à ce propos le très intéressant article de Georges Bensoussan dans la revue Le Débat d'octobre-décembre 2014 sur le mythe d'un âge d'or judéo-arabe et la vision irénique d'une convivialité entre juifs et arabes dont le vivre ensemble n'est finalement qu'un avatar. Ce mythe ancien, on le trouve déjà dans Nathan le Sage (1783) de l’Allemand Gotthold Lessing. 
Public - privé
Ce qui relevait naguère de la sphère privée -les sentiments, les émotions, la sexualité, les liens familiaux, les croyances- envahissent toujours plus l’espace public : la télévision ou les réseaux sociaux, la rue ou la plage, ou ces lieux de vie à vocation collective que sont l’entreprise, la salle de sport, la cantine, le restaurant, là où il n’y a pas si longtemps la discrétion, la retenue et la pudeur étaient de rigueur.
Notons au passage -j’y reviendrai dans une chronique ultérieure- que la laïcité à la française consistait en un principe de neutralité au sein de l’État et dans les services publics mais aussi dans les espaces publics en général, une neutralité par respect des autres, eu égard à leurs propres intimité et croyances, parce que la croyance religieuse était devenue, au terme de plusieurs siècles d’évolution et à l’instar des sentiments, et avant le retour d'un islam à prétention politique et holistique, une chose éminemment privée.
On étale, on dévoile et on expose, pour se confier et faire partager aux autres, sans égards pour eux, la peine, le désespoir, la colère, l’amour et les passions qui nous animent. Ce qui aurait été impensable à la génération de nos grands-parents qui ne se confiaient pas, qui ne se plaignaient guère et emportaient dans la tombe les tas de petits secrets pas bien jolis que l’on accumule au cours d’une vie. L’exhibition de soi fait les beaux jours de la télévision depuis une vingtaine d’années, de talk show en reality show, de Mireille Dumas à Jean-Luc Delarue et de Karine Lemarchand à Cyril Hanouna. Face à cette éruption des choses intimes et privées dans l’espace public nous sommes assignés à la posture de l’exhibitionniste ou du voyeur.




[1] « Aujourd'hui, et ce depuis la gauche, on nous présente des modèles tragiques qui font rêver les jeunes : Bernard Tapie, la Rolex, la Ferrari, Cyril Hanouna, un joueur de foot qui donne des coups de boule etc., alors qu'il y a soixante ans ou plus, un jeune rêvait d'être médecin, avocat ou professeur d'université, Jean-Paul Sartre ou Maurice Chevalier", s'emporte Michel Onfray avant d'asséner: "Vouloir ressembler à Serge Reggiani ou à Yves Montand, c'est tout de même moins déshonorant que vouloir ressembler à Cyril Hanouna ! Il est donc logique que la kalachnikov devienne le rêve ultime".

mardi 22 novembre 2016

Épicière et brutale: la droite la plus con qui soit


J’avais pronostiqué la défaite de Juppé en octobre 2016 mais aussi dès juin 2015 et juillet 2015Parce qu’elle était inscrite dans nos traditions politiques, parce qu'elle tient aux modes de suffrages de nos grands scrutins nationaux, parce que sous la Ve République le candidat le plus centre se voit toujours éliminer prématurément. Je ne vais pas bouder mon plaisir maintenant que cette défaite est quasi actée, d’autant que Fillon était le moins pire des sept candidats. Plaisir décuplé par le fait que les sondages se sont plantés dans les grandes largeurs, qu’ils ont voulu nous tromper en nous faisant accroire que la bataille se résumerait à l’affrontement Juppé-Sarkozy. Comme l’écrit E. Levy, après le Brexit et l’élection de Trump, il souffle un air de débandade dans le Parti des Médias.
On ne voit effectivement pas comment Juppé pourra rattraper son retard au second tour alors que la plupart des électeurs de Sarkozy et des autres petits candidats, à part NKM, se reporteront sur son adversaire. Fillon sera assuré d’une écrasante victoire. Mais essayons dès à présent de voir plus loin, en faisant le bilan de ces primaires de la droite et du centre, et en tirer les conséquences électorales pour la gauche et le FN. La campagne des primaires a révélé une triple erreur de perspectives de la part des candidats -erreur de diagnostic, erreur de stratégie, erreur de style- ce qui se rattrape éventuellement, mais aussi un positionnement idéologique téméraire qui pourrait couter cher à LR pour la Présidentielle et dont les principaux gagnants seront Marine Le Pen et la stratégie voulue pour elle par Florian Philippot.
Le programme de Fillon n’est ni plus ni moins que celui qui avait permis à Sarkozy de remporter les élections de 2007, en plus dur, en plus ferme, en plus tranché. On sait ce qu’il en fut de sa mise en œuvre, très en deçà des espérances des électeurs. Certes, on pourra compter sur le courage de Fillon pour respecter ses promesses, sur sa sincérité et sa rigueur qui tranchent avec un Sarkozy qui m’a toujours fait l’effet de mentir comme un bonimenteur de foire ou un arracheur de dents. Le vouloir certainement, mais le pourra-il vraiment ? Fillon ne va-t-il pas se heurter au même dilemme que ces prédécesseurs : il ne maîtrise pas les moyens de sa politique car celle-ci passe par la reconquête de la souveraineté nationale et le retour aux fondements historiques de notre identité commune. Et seuls les partis dits souverainistes, le Front National et Debout la France, sont sur cette ligne.

L’erreur de diagnostic

Pour les Républicains le diagnostic est simplissime : les Français ne travaillent pas assez et l’État dépense trop, et quant aux menaces sur notre sécurité et notre identité ce ne serait qu’une question de fermeté. Diagnostic assez consternant dignes de ministres de l'économie et des finances mais pas de candidats à la Présidentielle.
Sur le temps de travail, le constat est faux car les statistiques ne sont que des moyennes : certains Français travaillent beaucoup (travailleurs indépendants, salariés des PME, précaires) et d’autres beaucoup moins (secteurs publics, salariés des firmes internationalisées, chômeurs) et il faut aussi tenir compte de l’intensité du travail très forte en France, ce qui a ses avantages (forte productivité horaire) et ses gros inconvénients  (maladies professionnelles et pathologies mentales liées au stress et à l’épuisement). Cela se traduit dans le taux de suicide, la consommation d’antidépresseurs, dont la France est championne du monde, et aussi dans cette identité malheureuse, dont l’immigration de peuplement et l’islamisation ne sont que des aspects et qui tient à ce constat : la France n’est plus le pays où il fait bon habiter, et l’art de vivre à la française relève de plus en plus d’une chimère du passé ou du produit marketing pour une France muséifiée. Laisser au niveau de l'entreprise la négociation sur le temps de travail ne résoudra pas ces disparités, elles en seront même accentuées.
De même que sur les dépenses publiques, faire croire que le problème tient au nombre de fonctionnaires et la solution d’en faire disparaître 500 000 est au mieux un mensonge, au pire un aveuglement. Seul un dégraissage rapide, sous forme de licenciements, plutôt que par la hausse du temps de travail, permettrait des économies substantielles, ce qui supposerait de faire sauter le statut de la fonction publique et de prévoir des indemnités substantielles très coûteuses à court-terme. D'autant que la faible productivité du secteur public et l’état déplorable des services publics tiennent surtout à une organisation inefficace, aux missions superflues, aux structures inutiles et à un mode de fonctionnement digne de Courteline et de Kafka dont les fonctionnaires sont les premières victimes. Il faudrait restructurer sauvagement avant de dégraisser massivement. Aucun candidat ne s’y aventurera.
D’autant que le vrai problème du faible dynamisme économique français, du manque de compétitivité des entreprises, de la désindustrialisation et par là, du chômage massif et de l’exclusion sociale des plus vulnérables, tient non aux dépenses de l’État laminées depuis 20 ans mais au montant considérable des dépenses sociales qui pèsent sur l'économie (50 % des dépenses publiques et 35 % du PIB). C’est un choix de société qui se paye en impôts et en prélèvements sociaux. Les toucher reviendrait à attaquer des vaches sacrées auxquelles les Français sont très attachées : prestations de chômage généreuses, système de santé en « libre-service », allocations famille et de solidarité fort coûteuses.

L’erreur de stratégie

Au diagnostic erroné correspond une erreur de stratégie dont Fillon ne prend pas la mesure. Elle tient à ce diptyque combinant électrochoc libéral pour l’économie et austérité financière pour l’État, soit le choc thatchérien des années 70 et la purge merkelienne des années 2000. Que du brutal ! 
Bien que nécessaires, il n’est pas sûr que la France soit en état de recevoir ce choc et cette purge combinés qui pourraient bien tuer le malade. Parce que ce sont des recettes adaptées pour d’autres pays qui ne correspondent pas à notre modèle national. Parce que cette médication est anachronique et vient à contretemps, comme toujours de la part de la classe politique française : c’était dans les années 80 qu’il fallait prendre le tournant thatchérien en libérant l’économie et en modérant les dépenses publiques (1). Parce qu’elle intervient à un moment inopportun quand les deux pays qui donnent le ton dans les orientations mondiales entament, avec le Brexit et Donald Trump, un tournant souverainiste et antimondialiste de grande ampleur.
Ce dont souffre la France depuis toujours est un problème d’ajustement, ou d’adaptation, au monde qui l’entoure, soit parce qu’elle est « en avance » sur ce monde-là (aux moments de l’absolutisme monarchique entre 1515-1710 et de l’État-nation égalitaire entre 1789-1815) soit parce qu’elle est en retard sur lui (1870-1945). Depuis 1975 et le tournant néo-libéral et le mouvement de globalisation, la France a été à la fois en retard par rapport à ses alliés du fait de son système d’économie administrée et du poids de son État colbertiste et social et en avance sur lui, par sa clairvoyance dans son hostilité au modèle libéral anglo-saxon mondialisé qui mène à la destruction des États-nations, au nivellement identitaire et au chaos multiculturel.
On n’applique pas un remède de cheval à un patient affaibli par trente années de potions administrées par des charlatans. Le malade sent qu’il va perdre sur tous les tableaux : travailler plus et gagner moins, le choix entre assistanat et emploi précaire, la disparition de la paix sociale sans la résolution des problèmes sociaux, le rétrécissement des libertés sans avoir plus de sécurité, l'ouverture des frontières et l'accueil de toute la misère du monde sans en tirer d'avantages économiques ou cultuirels; les emplois industriels perdus et les emplois de la nouvelle économie non advenus; la perte de souveraineté réglementaire, monétaire et budgétaire sans la prospérité et la sécurité promises et sans même des finances saines garantes de notre indépendance nationale.
L’erreur principal de stratégie des Républicains tient aux recettes d'épicerie proposées. Il n’y a pour eux que l’économie et les finances, pas de perspectives à long-terme qui fassent un peu rêver. La droite parlementaire française, ploutocratique et sans idées, ne sait parler que de gros sous. Elle fait l’impasse sur ce qui préoccupe avant tout les Français : leur souveraineté comme peuple, du fait d’un système politique représentatif vicié, leur souveraineté comme nation, par le fait de décisions désormais prises à Bruxelles, à Washington et Berlin et leur identité menacée de mort, par la déculturation du pays, de son africanisation et de son islamisation.

Sur l’erreur de style et la forme de ces primaires

Le choc libéral et le choc d’austérité sont d’autant inopportuns que les Français sont moralement épuisés, mentalement à bout. On peut le regretter mais le pays a d’abord besoin d’être rassuré. Et le style des sept candidats, et particulièrement le ton de Fillon, n’est pas là pour les tranquilliser. Les débats entre les sept candidats ont laissés une impression surréaliste à ceux qui ne sont pas des électeurs LR.
Aveugle, brutale et maladroite, tel est apparu la droite la plus con qui soit, droite dans ses bottes, comme si elle en revenait toujours à ses vieux démons : n’avoir ni valeurs qui la porte sur la longue durée, ni idées qui la mobilise quand elle est dans l’opposition, ni courage quand elle est aux affaires. Nous eûmes droit à des échanges techniques et ennuyeux à part lorsque les candidats se livrèrent à des règlements de compte personnels et qu’ils déballèrent, avec l’inconscience de qui croit la partie déjà gagnée, les remugles sales de leurs affaires de famille.
On se dit que les Républicains ne connaissent pas la réalité, qu’ils ne voient que les gagnants de la mondialisation, les insiders des grandes villes et des grandes entreprises et ignorent la France qui souffre et qui est au bord de l’explosion, celle qui aura le plus à perdre au choc de libéralisation et au recul des dépenses publiques. C’était du reste la stratégie de Juppé avec son identité heureuse : faire passer la pilule de la précarité et de l'austérité avec des caresses et des mamours, sauf, bien sûr, que ce n’était que du vent. Fillon est plus honnête mais aussi plus téméraire. Il promet du sang et des larmes, sans souffle pour animer son programme, et sans charisme pour le porter, sans rien qui puisse atténuer les effets du traitement carabiné qu’il promet de nous donner.

Un positionnement gestionnaire et néo-libéral téméraire

Il manquait à cette campagne si ce n’est du souffle au moins du fond, et des perspectives, pour ne pas parler de convictions. Tout a été sacrifié aux calculs électoraux, au positionnement sur telle ou telle fraction de votants (le centre droit pour Juppé et NKM, la droite libérale dure pour Le Maire ou Fillon, la droite conservatrice forte pour Sarkozy, Copé et Poisson) et à la perspective de faire un bon score dans la perspective de Matignon pour tous ceux qui ne faisaient pas la course en tête. Tout cela était affligeant eu égard aux enjeux dramatiques pour la France et à la perspective de troubles aux allures de guerre civile du fait de la libanisation du pays.
Des commentateurs, à gauche, ont cru voir les sept mercenaires ou les sept salopards nous faire le coup du plus dur et plus méchant que moi tu meurs ! Ils étaient bien trop gentils. La droite la plus con qui soit, qui a abandonné la nation, tombe dans le panneau de la droitisation libérale, au moment où les États-Unis et la Grande Bretagne tournent le dos aux chimères du libre-échange et de la globalisation sans limites.
Les sept candidats de la droite et du centre ont plutôt fait l’effet des sept nains aux téléspectateurs et celle qui va retirer les marrons de la petitesse et d’une certaine bassesse des nains qui lui servent d’adversaires, à droite, c’est Blanche Neige, alias Marine Le Pen, ou plus exactement la ligne idéologique suivie par Florian Philippot pour elle au FN. Le positionnement libéral-conservateur de Fillon, d'une droite gestionnaire, avec son électorat de petits propriétaires, et d'une droite conservatrice, avec son électorat rétif au libertarisme des mœurs, va donner de l'espace à un candidat de centre-gauche de type Macron ou Valls et il va mordre sur l’électorat identitaire du Front National. Mais il va surtout s’aliéner l’électorat prolétaire, les bastions de la France qui souffre, le monde des employés et des ouvriers orphelin d’une gauche qui a abandonné le peuple et qui représente toujours 60 % de l’électorat, ceux-là même que Philippot vise avec la ligne sociale, étatiste et protectionniste qu’il a imposé au forceps au FN. Voir à ce propos mes deux articles du 20 octobre 2014 (Florian Philippot: ce souverainiste avec des bottes de gaulliste) et du 21 juin 2015 (Haro sur Philippot ?).
Il n’est pas dit que Philippot n’ait pas anticipée non seulement l'effondrement des socialistes mais aussi l’erreur que commettraient les Républicains avec leur virage tout gestionnaire et un néo-libéralisme anachronique par rapport à la marche du monde, quand sur l’identité et la sécurité ils peinent à être crédible -il faudra plus que de la discipline et des uniformes pour redresser l’école de là où elle est tombée, et des mesures plus radicales que la réorganisation du ministère de l’intérieur et des services de renseignement pour lutter contre l’islamisme et le grand remplacement (il faudrait plutôt le retour au modèle français d’assimilation et la re-migration des migrants surnuméraires). Ce qui serait un coup de maître de la part du responsable de la stratégie du FN.
Aveuglement à droite et déni à gauche
L’aveuglement, ou la myopie, est la marque distinctive des dirigeants de la droite gouvernementale française, alors que le déni serait la caractéristique de la gauche socialiste. La droite ne semble pas voir la réalité telle qu’elle est, ou avec retard, comme le cavalier qui voit l’obstacle que quand il est dessus, parce qu'elle est coupée du peuple -mais ceci n’est pas nouveau- et surtout parce qu’elle ne croit à rien et change d’idées comme de chemises, au gré des circonstances et des retournements de vestes électoraux. Du reste, de grâce ne parlons pas des valeurs de la droite ! Le propre de la droite de gouvernement -hors la parenthèse gaulliste- depuis un siècle est de se contrefoutre des valeurs et de puiser au petit bonheur la chance, à droite et surtout à gauche, les idées sociales, libérales ou souverainistes pour les recycler, trop tard et à contretemps, avec Chirac et Sarkozy qui furent des maîtres du genre.

Aveuglement sur l’Europe panacée et l’euro-solution-à-nos-problèmes. Aveuglement sur l’immigration-chance-pour-la-France. Aveuglement sur l’islam-religion-d’amour-et-de-paix. Aveuglement sur la perte de compétitivité, la désindustrialisation et l’endettement du pays. Aveuglement sur la faillite de l’État et des services publics. Aveuglement sur la désintégration sociale, le communautarisme et l’identité nationale qui fout le camp. Aveuglement dans l’ignorance des laissés-pour-compte. Tout ceci trouve sa source dans les décisions, ou les non-décisions, prises depuis quarante ans, par manque de courage, par lâcheté et par soumission au Surmoi de gauche qui domine la droite française depuis un siècle. Ce que veulent très majoritairement les Français, de droite ou de gauche, aujourd’hui c’est la reconquête des frontières et le retour aux fondements de notre identité nationale : souveraineté et identité, tels est le cocktail gagnant. Que le pays ait besoin d’un électrochoc libéral et d’une bonne purge financière (l'intendance suivra dirait de Gaulle), c’est l’évidence, mais à l’intérieur de frontières qui protègent des vents mauvais de la mondialisation et sur les bases d’une identité nationale retrouvée qui éloigne les spectres de la guerre civile.
Déni à gauche ou aveuglement à droite, le résultat est le même, ce que le philosophe Clément Rosset avait résumé d’une formule, le réel et son double, en tant que le réel et sa représentation forment deux univers séparés: nos dirigeants appréhendent mal la réalité, leur diagnostic est souvent faux et leurs programmes sont en décalage avec les besoins et desiderata de la France réelle, de la France d’en bas, de la France périphérique.
Les primaires n’ont jamais été démocratiques. C’est un tamis social pour désigner des leaders normalisés sous la pression de sondages. Jamais la formule de Mélenchon n’a été aussi juste, tant pour comprendre la primaire de droite que celle de la gauche encore à venir. Il faut le dire et le répéter : le système des primaires, copié des États-Unis, ne correspond ni à nos institutions politiques ni à nos traditions électorales ni à nos scrutins électoraux. Les primaires sont le résultat de l’accouplement incestueux des appareils des partis politiques avec les médias dominants et les instituts de sondage, le produit vicié de la société du spectacle au bénéfice de la caste mondialiste, un système de représentation fictif dans un système politico-médiatique qui ne représente plus personne, à part les élites qui se sont autoproclamées comme telles.







(1) Tout comme c’était dans les années 70 qu’il fallait être un social-démocrate à l’allemande, dans les années 90 que le souverainisme de Seguin et de Villiers nous aurait protégé des idéologies européanistes et droits-de-l’hommiste, en limitant l’immigration, en défendant la méritocratie scolaire, en tenant bon sur le modèle français d’assimilation, et dans les années 2000 qu’il fallait assainir les finances publiques et baisser les impôts.

mercredi 2 novembre 2016

Airbnb s’engage contre le racisme ! Et contre l’évasion fiscale et la fraude aux cotisations ?


Le 1er novembre 2016 Airbnb a changé les conditions d’utilisation de ses services. Outre une sérieuse remise en ordre de ses activités en Chine du fait de l’obligation de communiquer aux autorités les coordonnées de ses hébergeurs, la plate-forme de location de logement demande à tous ses membres, logeurs ou logés, de se conformer aux obligations locales de réglementation et de taxation et surtout dans le cadre de sa « large initiative de lutte contre les préjugés et les discriminations… d'adhérer à l’engagement de la communauté (appelé Non discrimination policy en étasunien) pour pouvoir continuer à utiliser Airbnb ». En cas de refus de signer la charte, les membres « ne pourront plus héberger de voyageurs ni réserver sur Airbnb, et ils auront la possibilité d’annuler leur compte ».
Cet engagement ainsi rédigé -J'accepte de traiter tous les membres de la communauté Airbnb avec respect, sans préjugé et sans distinction de race, religion, origine nationale, origine ethnique, handicap, sexe, identité de genre, orientation sexuelle, ou âge- intervient après que les noirs aux États-Unis se sont mobilisés sous le hashtag #AirbnbWhileBlack, contre des discriminations dont ils auraient fait l’objet.
Airbnb sort sa charte au moment où elle est en train de perdre une partie de son impunité et de se voir soumise, comme d’autres firmes voyous avec elle, aux règles de la vie commune dans des pays civilisés : payer des impôts, ne pas bénéficier d’avantages indus sur les concurrents ou salarier ses employés pour leur faire bénéficier d’une protection sociale.
Aux États-Unis, les menaces d’amendes ou d’interdiction se font plus pressantes à San-Francisco, à New-York, à Santa-Monica. La firme a pu trouver des accords précaires dans d’autres capitales sur la taxe de séjour, à Paris par exemple. En France justement, coup de théâtre à l’Assemblée nationale le 27 octobre : les députés ont voté l’affiliation au RSI à partir de 7.720 € de revenus annuels pour les offreurs de service de l’économie dite de partage (AirBnb, Zilok, Drivy) -doux euphémisme pour des activités commerciales sauvages exercés sans cadre légal.
Les autres entreprises du secteur sont aussi dans le collimateur, Uber tout particulièrement, mais aussi des centaines d’autres "plateformes collaboratives de services" parce qu’elles déstabilisent des secteurs entiers d’activité (hôtellerie, taxis) ainsi que le mode de financement de notre protection sociale. L’Urssaf a assigné Uber devant le tribunal pour obtenir que ses chauffeurs passent au statut salarié. Ce que deux plaignants ont déjà obtenu en Grande Bretagne, et bientôt les 30 000 autres chauffeurs qu'elle emploie dans ce pays, au risque de mettre en danger son modèle d'affaire.
L’enjeu est d’importance car depuis la crise de 2008 aux États-Unis ou en Europe l’emploi est de plus en plus précaire et le travail occasionnel ou indépendant ne permet pas de bénéficier d’une couverture sociale ou alors de manière frauduleuse en s’inscrivant au chômage. La réalité de l'utopie coopérative capitaliste ce sont des revenus bas et précaires pour les dindons de la farce de l’économie de partage et de gras et gros profits pour ceux qui les exploitent. La capitalisation de Airbnb atteindrait déjà 30 milliards de $.
À un plus haut niveau, la Commission européenne s’est enfin saisie des questions de fraude fiscale (appelée évasion ou optimisation fiscale, encore par euphémisation) et aux cotisations sociales des Google, Apple, Amazon, Microsoft et Starbucks, ces entreprises mondialisées du net et de la nouvelle économie, presque toutes américaines, qui délocalisent leurs activités dans les pays à faible fiscalité (Irlande, Luxembourg, Pays-Bas), par un simple jeu d’écritures comptables. L'inébranlable commissaire à la concurrence Margrethe Vastager menace Google d’une amende de 7.5 milliards d’euros pour infraction à la législation anti-trust et est en passe de contraindre Apple à rembourser 14.1 milliards d’exonérations fiscales illégales à l’État irlandais.  
Pour contrer les villes et les États qui veulent les réglementer Airbnb et Uber joue du misérabilisme en arguant du caractère modeste de leurs membres qui trouveraient là un appoint de revenu, jouant les petits contre les grands méchants de l’industrie hôtelière et du lobby des taxis. Sauf que ceux-là ont pour obligation de payer des impôts et des cotisations, et que des hôtels entiers passent en Airbnb, et qu’à New-York où la location de moins de 30 jours est théoriquement interdite, 40 % des offreurs possèdent plusieurs hébergements et que l’effet s’en fait sentir sur le parc locatif de longue durée et le prix de l’immobilier, de même à Vancouver, Barcelone ou Berlin. L’économie du partage est devenue le marché des gros joueurs aussi.
Airbnb a flairé un nouveau filon pour se refaire une virginité. Son « engagement de la communauté » est une opération de diversion, une tentative de revêtir les habits trop grands de la morale par une entreprise qui se contrefout des lois nationales, et elle fait dans le lourd : l’exclusion si l’impétrant logeur ou logé n’acquiesce pas à sa charte anti discrimination. Sauf que les termes en sont particulièrement vagues et qu’elle est inapplicable parce que l’acte, ou le délit raciste, est difficile à cerner ou à qualifier, comme des exemples assez drôles ne cessent de le montrer (les voisins qui appellent la police parce que les gentils hôtes de AirBnb ont l’air patibulaire de cambrioleurs): quand la tenue vestimentaire ou le comportement d’un jeune d’une minorité visible, comme on dit au Canada, sont ceux des voyous, et inspirés des images du gangstarap et de la racaille de cité, comment faire la différence avec des citoyens sans histoire, ce qui du reste est aussi valable pour les contrôles au faciès de la part des policiers et de leurs sur-réactions d’auto-défense face à un danger possible. Cet engagement ne sert qu’à enfumer les gens.
L’antiracisme c’est comme la défense de l’environnement. Les entreprises qui s’y adonnent le plus sont celles qui ont le plus de choses à se reprocher. Les plus gros pollueurs comme Esso, Total, Alcan dépensent des milliards pour nous dire à quel point ils sont verts, ils aiment les petites fleurs et les espèces menacées.
Les Apple, Google, Facebook, Amazon et autres Airbnb dégagent de gros budgets pour leurs actions de lobbying ou pour des actions de mécénat afin de se racheter une conduite. Le combat antiraciste est de ceux-là. Ce n’est qu’un paravent, un cache-misère. L’antiracisme est le faire-valoir des firmes globalisées et le symbole même de la mondialisation libérale, de l’idéal de la société de marché où l’individu sans attaches ni appartenances est réduit à sa fonction de producteur-consommateur : nous sommes tous frères sur notre gentille planète interconnectée, sans barrières ni frontières, aimons-nous les uns les autres, et fasse que la seule loi à laquelle nous nous soumettons soit la loi du marché !
Ces firmes ont pour ennemis les nations, les frontières, les identités incarnées, et les États qui leur empêchent de faire leurs petites affaires. Elles ne reconnaissent que deux entités : l’espace mondialisé qui est leur marché et les communautés qui ne sont jamais que des individus agglomérés ou de l’individualisme collectif comme dit Jean-Paul Bringhelli. Elles veulent bien des États mais a minima, comme un filet de sécurité, pour prendre en charge leurs contractants quand ils leur arrivent un pépin ou un accident. Dans le meilleur des mondes de l’économie mondialisée elles socialisent les pertes et privatisent les profits.
Bien sûr, le racisme, ce n’est pas bien du tout, mais il y a aussi des choses pires dans la vie, être chômeur en fin de droit, se faire violé ou agressé en pleine rue, ou dans l’intimité du foyer, subir la loi des cités, travailler en Chine pour le compte d’une entreprise richissime en échange d’un salaire de misère, mourir comme esclave sur un chantier de construction du Qatar ou dans un bordel de l’État islamique. L’imputation raciste, ça ne coûte rien, ça fait bien dans la publicité, ça vous fait passer dans le camp du Bien et puis on y met tout ce qu’on veut dedans : le racisme antimusulman, l’homophobie, l’âge et le genre, l’antisémitisme, et même le racisme contre les handicapés moteurs cérébraux, les sourds-muets, les gens de petites tailles, et je ne sais quoi encore.
Ne savent-ils pas ceux-là qui voient du racisme partout que les races n’existent plus, depuis que les socialistes français, nos champions mondiaux de la tartuferie, et ces phares de la pensée que la terre nous envie en ont décidé ainsi ? Ce qui posent problème quand on continue partout ailleurs à raisonner en termes de différence raciale, même et surtout aux États-Unis, la référence pour la gauche atlantiste, là où la question raciale est omniprésente, en fait l’obsession racialiste des sociétés multiculturalistes.
Le site FdSouche a révélé récemment que Facebook permet à ses annonceurs de cibler telle ou telle communauté pour sa publicité, de faire du profilage racial en bon français. De même qu’il n’est pas un site de rencontre matrimonial ou sexuelle qui ne fasse référence à l’appartenance ethnique dans l’identifiant de l’impétrant, et parfois dans la recherche de l’âme sœur, l’ethnie n’étant jamais que le mot plus convenable, et surtout plus juste, pour remplacer celui de race.
L’antiracisme (et l’idéologie du métissage qui lui est consubstantiel) est à notre époque ce que le racisme fut à la précédente. Le racisme biologique, le vrai racisme, est mort pour l’essentiel dans un bunker à Berlin en 1945 avec celui qui lui a donné son acceptation la plus extensive et la plus criminelle.
Supprimer le mot ne supprime pas la chose. Seuls les idéologies totalitaires crurent qu’ils changeraient la réalité en changeant la langue, et le sens des mots, en la remplaçant par une novlangue dont Orwell a illustré dans 1984 le caractère tout à la fois absurde, hilarant et glaçant. Il y a du résidu totalitaire dans l’antiracisme idéologique des socialistes français et dans l’antiracisme commercial et ploutocratique des AirBnb et consorts.



mardi 1 novembre 2016

La gauche la plus bête: le Dumbo de Matignon fait son show


Manuel Valls, depuis la Côte d’Ivoire, a accusé Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg, d’incarner « la vieille politique" et dans une curieuse formule qu’il aurait reprise de Jean-Christophe Cambadélis il joue, comme à son habitude, au procureur, et il le fait contre les siens : « La plus bête du monde, la gauche française peut le devenir. Elle n'est pas à la hauteur de ses responsabilités ».
Valls utilise des expressions chocs dont il ne semble connaitre ni le sens ni l’étiologie et qui se retournent contre lui. D’abord associer Montebourg et a fortiori Macron à la vieille politique parait peu pertinent alors qu’ils incarnent plutôt le renouveau et la jeunesse, face à ce mélange détonnant d’indécision, de roublardise et d’enfants faits dans le dos par celui qui occupe l’Élysée depuis presque cinq ans.
C’est Guy Mollet, premier secrétaire de la SFIO de 1946 à 1969, et son fossoyeur, qui utilisa en premier la formule « la droite la plus bête du monde » dans des circonstances très particulières. Son parti, la SFIO, était le plus important de l’Assemblée nationale et après avoir été Président du conseil en 1956 et 1957, où il s’illustra en quelques mois, par la débâcle de la campagne de Suez, par les « pouvoirs spéciaux » et la « pacification » en Algérie, par les débuts de la torture, par l'envoi d’un demi-million de soldats du contingent et par l'affaire Ben Bella, Guy Mollet était un faiseur de roi et adoubait les gouvernements du centre où siégeaient nombre de ses amis socialistes.
Mollet emploie la formule en mai 1957 lors de la chute du gouvernement Gaillard en obtenant de son parti qu’il ne participât plus aux gouvernements de cette droite qu’il jugea la plus bête du monde parce qu’elle se refusait à lui. Il en résulta pour les socialistes, et toute la gauche, une très longue absence du pouvoir jusqu’en 1981 ! La plus bête qui eût été alors, sans doute, fut la gauche socialiste. La formule connut une nouvelle jeunesse par Mitterrand, sous la cohabitation entre 1986 et 1988, quand il roula Chirac dans la farine.
Guy Mollet, c’est une très grosse épine dans la chaussure des socialistes, un symbole de compromission et le modèle des politicards roués dans l’art des synthèses idéologiques et des coups de mentons, et comme Marcel Déat et Pierre Laval, une référence bien encombrante, synonyme de néofascisme et de collaboration. Les dignes héritiers de Guy Mollet, ce sont justement Hollande, pour la mollesse et les méandres de la pensée, et Valls pour les mouvements de jugulaires.
La référence à la formule de Guy Mollet dans la bouche de Manuel Valls n’était pas judicieuse mais il est vrai que c’est Cambadélis qui la lui avait soufflée, Cambadélis qui, en bon ancien trotskyste, s’y connait en coups tordus et en combines d’appareils. Ce que Valls ne voit pas. Car cette formule n’est pas anodine quand elle intervient au moment même où François Hollande saborde, au travers de propos que les journalistes du Monde ont pieusement recueillis, tout ce que la gauche socialiste a incarné depuis trente ans: l’antiracisme, le multiculturalisme et la victimisation des minorités, la culture de l’excuse, une politique pénale laxiste, la repentance mémorielle, l’immigration chance pour la France, le vivre-ensemble avec les musulmans. Hollande n’est pas seulement en train de se droitiser, il fait sien un discours que lui et ses amis n’ont cessé de fustiger pendant des décennies, sous les appellations de populisme et de lepénisation des esprits.
Il n’y a aucune maladresse de la part du Président mais un calcul assez machiavélique, et pour tout dire assez répugnant, car il montre à quels point ces gens ne croient à rien et manipulent les électeurs. Parce que François Hollande a pris acte, comme Mélenchon, du fait que les Le Pen avaient raison avant tout le monde, et que s’ils veulent survivre politiquement et ne pas se faire hara-kiri comme Guy Mollet et la SFIO ils n’ont pas d’autres solutions que d’emprunter les bottes que d’autres ont chaussées avant eux. Voilà le sens de la formule subliminale de Cambadélis : la gauche la plus bête du monde serait cette gauche socialiste désunie qui ne verrait pas en François Hollande son candidat naturel, un François Hollande prêt à sacrifier le parti socialiste pour se faire réélire sur des thèmes populistes grâce à l’addition des voix du centre gauche et de la droite.
Valls donne l'impression de dire n’importe quoi ou à mauvais escient pour créer le buzz, tel un piètre communicant. Il est constant dans ses maladresses et ses erreurs d’appréciation, au point où on se demande s’il ne partage pas avec son mentor supposé, Michel Rocard, la même absence de sens politique, la même incapacité à traduire dans un parti structuré une ligne idéologique. Il incarne l’impuissance de la deuxième gauche française, gauche libérale ou gauche américaine, de Mendès-France à Defferre et de Delors à Rocard.
On se rappelle son combat hallucinant contre Dieudonné, jusqu’à obtenir du Conseil d’État l’interdiction de son spectacle, puis à l’inverse, ses discours enflammés pour la liberté d’expression quand il fallait faire souffler sur la France l’esprit des Je suis Charlie. Ou ses diatribes contre les livres de Houellebecq et de Zemmour qu’ils nous engageaient à ne pas lire, une mise à l’index encore jamais vue de la part d’un chef de gouvernement dans notre démocratie. Ou son emploi de mots forts et outrés qui disaient le contraire de la réalité, comme ceux de ghetto et d’apartheid pour désigner ces cités d’immigrés qui ont pour caractéristique d’être, non des lieux de relégation, mais des zones de non-droit qui ont fait sécession, malgré les milliards de subventions et d’exonérations qui les arrosent.
La mentalité de curé donneur de leçon de notre Premier ministre va avec sa façon de battre sa coulpe qui confine au masochisme. Au point que l’on peut s’interroger d’entre Hollande et Valls lequel sera le premier  à parvenir de liquider le parti socialiste, l’un distillant ses petites phrases et son venin et l’autre agitant devant les membres horrifiés de son parti des chiffons rouges comme la déchéance de nationalité ou la loi El Khomri. On insiste à juste titre sur l’indécision pathologique et la veulerie de François Hollande, en omettant que dans les grandes lignes il est cohérent avec lui-même. Il est bon de rappeler que Manuel Valls change d’idées et de discours à chaque occasion, et souvent à 180º.  
Dans l’incompréhension d’une formule célèbre, Valls s’était déjà illustré en 2015 quand il reprocha à Michel Onfray d’avoir déclaré « qu’il vaut mieux avoir raison avec Alain de Benoist (philosophe pestiféré, fondateur de la nouvelle droite et proche de la ligne Philippot au Front National) que tord avec Bernard-Henri Lévy (le faux philosophe, faiseur de guerres et pourfendeur de dictateurs) ». Onfray reprenait la formule « qu’il valait mieux avoir raison avec Raymond Aron que tord avec Sartre », une évidence avec le recul, Sartre s’étant trompé dans tous ses engagements, sombrant dans toutes les idéologies du siècle précédent. Valls en fut outré, accusant Onfray de tous les crimes, ne percevant pas qu’un intellectuel se doit à la recherche de la vérité, non à l’esprit partisan, à quoi le philosophe répondit au Premier ministre qu’il était un crétin, ce qui n’était pas aimable mais fort juste.
Où l’on voit que la lecture régulière de quelques livres en plus des notes et briefings des conseillers qui l'entourent serait bénéfique à notre Premier ministre. On ne saurait reprocher à Manuel Valls d’être limité intellectuellement et de n’avoir qu’une vague licence d’histoire dans un milieu de gens surdiplômés. Certains ont été de grands chefs de gouvernement sans avoir fait d’études. C’est son arrogance et ses prétentions qui sont insupportables, quand il n’est qu’un apparatchik de parti et qu’il n’a pas même sur les énarques qui le cernent l’avantage de la connaissance du terrain. Entre les ectoplasmes et les crétins la sottise de l’oligarchie est partout. Chaque jour, nous avons de nouveaux témoignages de l'inculture crasse et de l’incapacité des élites politique, médiatique et économique à faire face aux problèmes. France, voilà comment ton intelligence fout le camp et ton remplacement culturel est en cours !
Les capacités limitées du Premier ministre éclate donc au grand jour à nouveau avec sa sortie à propos de la gauche la plus bête du monde et il semble que les médias, dans la façon peu flatteuse qu’ils ont de photographier et de filmer notre petit Adolfo se sont rangés à ce constat. On le voit ces temps-ci, guère à son avantage, ses grandes oreilles bien décollées du crâne. J’avais osé, déjà, cette comparaison dans un précédent article (Hollande en lévitation et Valls au pays des merveilles), Valls me faisant penser à Dumbo, l’éléphant aux grandes oreilles des productions Walt Disney. Il plane comme Dumbo ! Surtout que dumbo ça veut dire crétin en étatsunien…