mercredi 25 septembre 2024

Désordre libéral et raidissement autoritaire

La société des tyrannies douces-amères et l'État-Nation à l’encan (I)  

 

Les révolutions, incontinentes dans leur hâte hypocritement généreuse de proclamer de nouveaux droits, ont toujours violé, foulé, détruit le droit fondamental de l’homme — si fondamental qu’il est la définition même de sa substance — le droit à la continuité.
José Ortega Y Gasset, La Révolte des masses, 1929
 
Je n’ai jamais vu aussi peu de liberté intellectuelle qu’à notre époque. Aujourd’hui, toutes les institutions, les universités, les médias d’État sont en proie à la même idéologie progressiste. L’opinion dominante n’a plus d’ennemis.
Pierre Manent, Le Figaro, 14.10.2022 
 
Toute civilisation exténuée attend son barbare, et tout barbare attend son démon… Tant qu’une nation conserve la conscience de sa supériorité, elle est féroce, et respectée ; dès qu’elle la perd, elle s’humanise, et ne compte plus.
Emil Cioran, De l'inconvénient d'être né, 1973



L’insurrection des Gilets-jaunes contre l’extorsion fiscale, la vie chère et l’arbitraire, la révolte des paysans accablés de charges, de normes et d’obligations, la pandémie de Covid et ses dispositions inouïes, dignes de Kafka, Orwell et Jarry réunis, la délinquance et les violences “Orange mécanique” contre lesquelles la répression policière et judiciaire est à géométrie variable, la confiscation de la vie démocratique par l’Exécutif au détriment du Peuple souverain, les émeutes urbaines et la loi des caïds et qadis dans les quartiers immigrés et les zones de non droit, l’alliance contre-nature entre le wokisme, le néo-féminisme, le genrisme et l’islamisme, le séparatisme et le communautarisme qui en résultent, enfin, le clash des civilisations, avec l’islamisation barbare et archaïque du monde au détriment d’un Occident repentant et honteux, et Israël qui est à l’avant-poste du combat civilisationnel et continue à défendre les prérogatives de l’État-nation: le présent rapport tente de faire état de la transformation, en ce début de XXIe siècle, du paradigme social-libéral dans le modèle de démocratie libérale sous l'effet de deux forces d'une puissance redoutable:

- une force interne, auto-engendrée, liée au désordre intrinsèque au libéralisme, dans ses composantes de société des individus et de société de marché, et en raison de la reprise en main par l’État avec l’aide des nouveaux corps intermédiaires (firmes mondialisées, associations subventionnées, leaders médiatisés, ONG transnationalisées, OIG sans souveraineté), sans qu’un ordre stable et durable pût être rétabli par eux, parce que les nouveaux acteurs ne sont pas fondés à se substituer à des États qui souffrent d’un défaut de crédibilité, et aux gouvernements qui manquent de légitimité, parce que l’État sans la Nation et le Gouvernement sans le Peuple n’ont plus de boussole ni de guide.

- une force idéologique externe, apparue depuis vingt ans, d'une puissance longtemps minorée, tenant à la résurgence des idées socialistes, ou de surgeons abâtardies de celles-ci, après l'effondrement dans les années 1940 et 1950 de la variante fasciste, et dans les années 1980 et 1990 des variantes communiste et social-démocrate du socialisme autoritaire, et leur investissement dans de nouveaux champs du social (ou du sociétal), en poussant paradoxalement à leur paroxysme la logique de la société de marchés et de la société des individus dans un mariage libéral-libertaire antagoniste et entropique, produisant ce mélange nihiliste de différenciation individuelle et d'indifférenciation sociale: droit-de l'hommisme, humanitarisme, sans-frontiérisme, racialisme, écologisme, immigrationnisme, néo-féminisme, indigénisme, wokisme, transexualisme.

Ces idéologies nouvelles sont les héritières des idéologies totalitaires du 20e siècle mais recentrées sur l’individu narcissique, obsessionnel et taré. Elles ont pour projet de déconstruire et détruire tous les repères, toutes les institutions, toutes les structures, toutes les cultures, toutes les traditions de l'Occident, dans une utopie de tabula rasa révolutionnaire qui dépasserait les expériences d’Homme nouveau, d’État nouveau, de Société nouvelle des totalitarismes, pour nous mener à une constructibilité, une substituabilité et une interchangeabilité sexuelle, ethnique, culturelle et professionnelle généralisée, en niant la génétique, la biologie et l'évolutionnisme darwinien, pour aller vers le métissage et la créolisation indistincte, et une différenciation de chacun d’autant plus grande que l'Individu se rêve en majesté, avec son Moi narcissique, ses instincts et ses désirs, et son grégarisme primaire (couleur de peau, clan, tribu), une fois que Nation, Peuple, État, Famille, Religion auront disparues et que les appartenances biologique, sexuelle ou ethno-culturelle auront été socialement (re)construites au profit des ethnies et croyances les plus conquérantes. Leur projet de destruction-reconstruction est terrifiant, se servant des pires composantes de la société des individus et de la société de marché, et en fait du libéralisme, pour nous mener à son opposé: une tyrannie socialisante.

Je me place dans la tradition libérale du 19e siècle, conservatrice et libérale aujourd'hui, un conservatisme libéral dans l'ordre de la politique, dans lequel le libéralisme économique et le libéralisme social restent sous la tutelle du politique, tradition qui fut de droite et de gauche, et qui l’est encore aujourd’hui (par exemple si l’on compare les accords et désaccords entre Pierre Manent et Marcel Gauchet) et qui eut pour modèles Locke, Montesquieu, Condorcet, Benjamin Constant, Guizot, Tocqueville, Renan, Stuart Mills, Ortega y Gasset et Aron et en politique Disraéli, Churchill, de Gaulle, Adenauer, Eisenhower. Les idées libérales comme les idées socialistes ou conservatrices ont fluctué selon la géographie parlementaire, le spectre général des idées (le conservatisme plutôt à droite et le socialisme plutôt à gauche, et le libéralisme naviguant au milieu) et le déplacement de la summa divisio: le libéralisme a été de gauche pendant la première moitié du 19e siècle, au centre de l’échiquier politique au 20e siècle et à droite aujourd'hui. Nous sommes à présent sous la gouverne d'un paradigme résultant de la synthèse sociale-libérale héritée du XIXe siècle libéral et du XXe siècle socialiste.

Introduction

La première mondialisation libérale (1885-1914/1929) avait suscité, outre des novations technologiques et industrielles extraordinaires, une ébullition intellectuelle, artistique et culturelle sans équivalents dans l’Histoire sur une si courte durée, que les termes de Belle Époque et d'Années Folles avaient bien résumés tout autant que des désordres politiques, économiques et sociaux sans précédents. La remise en ordre de la première mondialisation libérale aura été à l’échelle des défis qui étaient à résoudre, en débouchant, aux termes d’une phase impérialiste, d’une guerre mondiale et d’une crise économique majeure, sur un nouveau paradigme libéral-social fondé, quant au régime de production et au fonctionnement de l’État, sur le fordo-taylorisme, le keynésianisme/ordolibéralisme et le providentialisme social, incarné dans l’État-nation social des Trentes Glorieuses (1945-1975).

Rien de tel avec la deuxième mondialisation libérale commencée en 1990. Pas d’effervescence intellectuelle, pas de grandes novations artistiques, pas de bouillonnement culturel et pas même, pour l’instant, d’innovations susceptibles de bouleverser considérablement nos vies, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, ou leurs supports digitaux, n’étant jamais que dans la continuité de l’émergence au XXe siècle de la radio, de la télévision et de l’ordinateur, mais au contraire, un nivellement, un appauvrissement, un effondrement des capacités cognitives et morales, et même des régressions majeures en regard des mouvements d’émancipation, de rationalisation, de libération à partir de la Renaissance et des Lumières, par l’envahissement de la technique et de la raison instrumentale à tous les domaines de la pensée, la marchandisation généralisée du vivant et des transformations anthropologiques inédites de notre espèce dont le développement des GAFAM est le signe le plus spectaculaire et le plus effrayant .

Un nouveau modèle d’équilibre entre forces de désordre et puissances d’ordre tarde à se mettre en place, si ce n’est sous un mode autocratique dans les régimes illibéraux, et des tyrannies du quotidien qui nous pourrissent la vie dans nos démocraties libérales. Nous vivons pour le moment dans le pire des deux mondes, avec des désordres que ne sauraient corriger “l’autoritarisme incontinent” (Marcel Gauchet) d’États devenus impotents. Et la sécurité des gens et la liberté des personnes en paient le prix, dans des sociétés anarcho-tyranniques et proprement schizophréniques, fortes avec les faibles et faibles avec les forts, à la fois sécuritaire et sécuricide, libertaire et liberticide, égalitariste et inégalitaire, qui tiennent d’Hobbes, de Jarry et d’Orwell en même temps: une société de tyrannies douces-amères, avec ses quatre figures tutélaires, comme les chevaux de l’Apocalypse: Big Brother, Big Mother, Big Other et le petit dernier que j’ai baptisé Big Mother-fucker.

Le XVIIIe siècle fut celui du conservatisme, mais à son stade final, et en fait, de la fin des régimes hiérarchiques et traditionalistes immémoriaux. Le XIXe siècle fut celui du libéralisme, et de l’acmé du régime politique qui s’en réclamait, la démocratie libérale, sachant que les idées libérales n’ont cessé de travailler les sociétés européennes après l’impulsion initiale donnée par Hobbes et Machiavel. Le XXe siècle a vu le triomphe du socialisme né au siècle précédent, dans ses formes démocratiques, autoritaires ou totalitaires, aussi bien au travers du socialisme de gauche qui se réclamait de la Classe que du socialisme de droite qui se prévalait de la Race. La fin du socialisme à partir des années 1960 a remis en selle les idées libérales mais c’est un libéralisme transformé, pour ne pas dire perverti, par rapport à celui du XIXe. Nous sommes en définitive dans une phase transitoire: le nouveau paradigme tarde à se mettre en place, mais tout laisse à penser qu’il prendra les traits de ces tyrannies douces et amères que nous voyons déjà sous nos yeux, sous l’égide d’une oligarchie mondialisée, ni démocratique ni libérale.

L’État Léviathan social-libéral et la réingénierie de l’État

La société des tyrannies douces-amères et l’État-Nation à l’encan (III)



L’amateur de progrès, assuré que le monde ira tout droit, sans dévier ni rétrograder, détourne son inquiétude du futur et s’installe dans un présent définitif… La désertion des minorités dirigeantes se trouve toujours au revers de la révolte des masses.
José Ortega Y Gasset, La Révolte des masses, 1929

Voyez-vous, il ne faut jamais privilégier un groupe sur la nation, ni sacrifier l’avenir pour surmonter un embarras du présent. Le salut du pays avant tout. Primum omnium salus patriae… Mon rôle est de réduire les féodalités qui menacent l’État.
Rapporté par Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, le 24.04.1963

“Moi je suis né du bon côté de la barrière socio-culturelle. Je fais partie de l’élite française. J’ai fait Sciences Po Paris comme la majorité des gens qui nous gouvernent. Quand je vais à New-York ou à Berlin, je me sens plus chez moi culturellement, a priori que quand je me rends en Picardie. Et c’est bien ça le problème (sic)”.
Raphaël Glucksmann, 28 Minutes, 28.10.2018.



Résumé


Je propose dans ce rapport de plonger au cœur de l’administration française, pour en comprendre les évolutions et les blocages, saisir son processus de délitement, dans l’impuissance à conduire des politiques publiques efficaces et pérennes, dans l’abaissement de la qualité et de la performance des services publics, dans la production intempérante de textes législatifs et réglementaires, dans l’effondrement de la compétence et des capacités des hauts fonctionnaires, dans la gabegie, l’apathie et l’impéritie dans l’utilisation de l’argent public pour tenter de circonscrire la dépossession symbolique que vit le peuple français dans cet effondrement, et aussi pour définir l’État profond à la française.

L’État-nation est devenu « l’État à l’encan »: l’État abandonné aux plus offrants, dans une salle des ventes où vont surenchérir des prédateurs vociférant, et des prédatrices, car l’immoralité publique à l’instar de l’incompétence s’est beaucoup féminisée. L’État fait face à la même entropie que la société civile, dans un mélange de désordre et de coercition, d’anarchie et de tyrannie, ce que j’ai nommé les tyrannies douces-amères : balkanisation et baronnies, explosion des lieux où la loi ne s’applique pas, autoritarisme d’autant brutal sur les sans-grades que les illégalités et les indélicatesses (pour ne pas dire le vol et la prévarication) des puissants restent impunies, séparatisme partisan, loi des réseaux et des clans au travers de l’entre soi, de la connivence, du renvoi d’ascenseur et de l’omerta, ou quand la racaille des cités trouve son pendant dans la canaille des beaux quartiers: responsables, jamais coupables, toujours impunis.

Il n’y a cependant d’État à l’encan qu’en raison de l’hémiplégie, de l’obésité, de l’apoplexie d’un État démesuré: l’État Léviathan, colosse ou molosse aux pieds d’argile, État Léviathan qui prend la part du lion sur la richesse produite, boit le sang des forces vives du pays, écrase d’impôts et de charges les jeunes et les actifs, obère la croissance et le développement économique et compromet l’avenir du pays. Les surtaxés ne le supportent plus car ils ne reçoivent pas en retour, en termes de politiques publiques et de services publics, ce qu'ils paient en impôts.

C’est sur la bête trop bien nourrie du Léviathan, grasse et enrichie, que se repaissent les charognards, quand ils n’entendent contrôler à leur seul profit la manne publique toute entière: c’est ce que j’appelle l’État partisan, livré aux féodalités, et à la première d’entre elle, l’énarchie, notre classe dirigeante à la française, dont il n’est pas nécessaire d’avoir fait l’ENA pour en faire partie, et l’État prédicant et son clergé dispensateur de méta-récit et de doxa.

Je tacherai, en conclusion, de donner quelques perspectives d’une reconquête possible, qui prendrait ses sources chez les nationaux (pour utiliser le terme qu’affectionnait le Général) de droite, et les souverainistes de gauche débarrassés de leurs idolâtries (marxiste, tiers-mondiste, anti-libérale, humanitariste) visant à « refaire d’abord notre administration », après le désastre des 40 dernières années, un désastre comparable à ceux des défaites de 1870 et de 1940, dont la France ne s’est relevée qu’en épurant drastiquement son administration et en reconstruisant profondément son État.

Introduction


Les événements majeurs que j’ai décris dans mes rapports No 0 et No 8 nous ont fait déboucher sur un nouveau paradigme anarcho-tyrannique, qualifié par moi de tyrannies douce-amères, avec un État fort avec les faibles (les gilets-jaunes, la France bien élevée qui se lève tôt et paye d’écrasants impôts) et faible avec les forts qui font régner la terreur, l’anarchie et la violence: hygiénisme sanitaire autoritaire absurde et débilitant (gestion du Covid, confinement, pass-vaccinal), restriction des libertés publiques et criminalisation des opinions non conformes (atteintes aux droits de manifester et de s’exprimer, empêchements du Parlement, fascisation et extrème-droitisation des adversaires), réingéniérie managériale de l’État (affaire des cabinets-conseils et de McKinsey), devoir de réserve des fonctionnaires utilisé comme bâillon (ma propre révocation de la fonction publique), wokisme insurrectionnel et conquête africano-musulmane (nupésition de la vie politique, émeutes urbaines ethnico-religieuses, violence “Orange Mécanique, antisémitisme sous couvert d’antisionisme), néo-féminisme débilitant et haineux, néo-écologisme obscurantiste et violent.

  • Retour des féodalités et République des intérêts particuliers

Les féodalités et les politichiens des partis étaient les ennemis jurés du général de Gaulle qui entendait restaurer l’autorité de l’État contre le pouvoir des féodaux qui minaient le pays : « Nous n’avons jamais permis que l’État se prosterne devant les féodalités. Je ne l’ai jamais admis et je ne l’admettrai jamais » confiait-il à Peyrefitte après la grève des mineurs de l’hiver 1963 cassée par les réquisitions décidées par lui.

De Gaulle se plaçait dans les pas de Richelieu, de Mazarin, de Colbert et même de Guizot et Gambetta, pour faire prévaloir l’intérêt général, même au prix d’une répression brutale, sans émois, des intérêts particuliers, avec en sus, une probité de janséniste et une intégrité de moine-soldat. De Gaulle se disait « révolutionnaire » dans ses efforts de modernisation. Quoique conservateur par les idées et les références idéologiques et littéraires, en 1789 de Gaulle eût été, comme Tocqueville et à côté de Condorcet, dans le camp réformateur pour purger la France de ses archaïsmes féodaux et rétablir la France dans sa grandeur éternelle.

François Sureau, lors de son discours de réception au fauteuil de Max Gallo, à l’Académie française, le 3 mars 2022 dénonça, devant les personnalités placées devant lui, dans le style flamboyant d’un hussard portant le béret vert des légionnaires et arborant le verbe fleuri d’un commis d’État devenu grand avocat, l’abandon par notre pays des grandes vertus civiques et du goût de la liberté. Après la « République des partis » (sous la IIIe et la IVe République) et la « République de l’État » (sous la Ve République gaullienne) serait advenue la « République du néant » selon le nouvel académicien.

Le néant macronien est celui d’un invertébré qui n’a pas d’idées qui le tiennent droit, mais un néant habité, non un no man's land sans rien, un néant peuplé d’ombres effrayantes, comme dans une salle des pas perdues d’une gare traversée de courants d’air, de toute la foule des profiteurs, des accapareurs, des corrupteurs et des courtisans. C’est “la République des intérêts particuliers » : lobbies et groupes de pression qui font le siège des institutions, cabinets-conseils corrupteurs et firmes marrons, associations prête-noms et laboratoires bidons, groupuscules partisans et idéologues militants, politichiens veules et syndicats de cartons ; toute la cohorte des saigneurs de la guerre, des grands féodaux, des barons voleurs et des petits féaux. Alain Peyrefitte, à la fin du premier tome de C’était de Gaulle rapporte ce propos du Général le 24 avril 1963: « Voyez-vous, il ne faut jamais privilégier un groupe sur la nation, ni sacrifier l’avenir pour surmonter un embarras du présent. Le salut du pays avant tout. Primum omnium salus patriae ». De Gaulle lui avait déjà confié, dès le 5 mars 1959 : « Mon rôle est de réduire les féodalités qui menacent l’État ».

  • Ces idéologies qui gangrènent l’État

Dans mes rapports 2 et 3, en 2018, je ne parlais ni de wokisme ni d’islamo-gauchisme ni de cancel culture (dont la traduction exacte devrait être “culture de l’élimination” en regard de l’extrême violence morale et physique, de nature totalitaire, de ces idéologies) mais j’avais su percevoir, sans bénéficier d’informations privilégiées, l’emprise de ces phénomènes, sans user des qualificatifs qui deviendront populaires quand Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal les reprendront.

Les idéologies wokes (diversitaire, néo-féministe, islamo-gauchiste) sont héritières d’un marxisme-léninisme repeint aux couleurs des théories de la domination (Bourdieu), de la French Theory (Foucault, Derrida, Deleuze) et de la critique anti-capitaliste et anti-libérale de l’école de Francfort (cf. Pierre Valentin, Comprendre la révolution woke) aidés et soutenus par tous ceux qui détestent l’État-nation en général et la Nation française en particulier, et tiennent pour infâme le Peuple français entendu comme peuple-souche porteur d’une histoire et d’une culture millénaire.

Les idéologies woke s’inscrivent dans la lignée des pires abominations totalitaires du siècle dernier (Homme nouveau, essentialisme de la Race et de la Classe, génocides, pseudo-scientisme, lyssenkisme, constructionnisme social) et de nombreuse tyrannies à fondement religieux qui les ont précédées (Inquisition, Savonarole, Cromwell, Terreur révolutionnaire) comme si on n’en avait toujours pas fini avec les “religions séculaires” (Aron, Arendt, Gauchet) et comme si on n’en avait pas fini avec les totalitarismes, ou plus exactement avec les mécanismes idéologiques totalitaires, ou “le totalitarisme sans le goulag” selon Mathieu Bock-Côté, dont je partage, depuis que j’en ai vu les effets, grâce à mon expérience canadienne entre 2004 et 2013, la même approche concernant “le régime diversitaire”.

Compte tenu de l’extrême rapidité de leur diffusion grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, et par le fait même que les institutions comme l’école, les associations subventionnées et les médias d’État en sont les principaux propagandistes, et de l’effet délétère qu’elles ont sur des cerveaux malléables et disponibles, comme lessivés par l’effondrement des capacités intellectuelles et scolaires et la massification des opinions, ces idéologies sont une menace inédite pour nos démocraties libérales et pour la civilisation européenne (et ceux qui les incarnent, à tort ou à raison: l’homme blanc hétérosexuel de culture judéo-chrétienne), peut-être plus que le nazisme qui fut vaincu au bout de 12 ans et le communisme qui était moribond au bout de 50 années.

Ces idéologies à fondement individualiste, communautariste et séparatiste et à visée mondialiste, et transhumaniste abhorrent l’État-nation, l’antiquité gréco-romaine, les Lumières européennes, le catholicisme, le judaïsme. Elles veulent tuer la Nation et affaiblir l’État, qui ne devient plus qu’un guichet dispensateur de droits et d’émoluments pour ne laisser en place que l’Individu en majesté, et les communautés d’appartenance biologique ou idéologique qu’il s’est choisies. Ces idéologies veulent détruire le monde ancien, l’Oumma musulmane ayant pour vocation, aux yeux des islamistes, de se substituer à tous les systèmes précédents d’appartenance, héritiers de deux millénaires.


I. Classe dirigeante et administration de l’État


« C’est un trait de culture qu’après chaque désastre la France cherche pour se réformer, à refaire d’abord son administration ». Cette citation de Jean-Pierre Chevènement, dans un ouvrage co-écrit avec deux camarades de promotion de l’ENA, titré L’Énarchie ou les mandarins de la société bourgeoise, publié sous le pseudonyme de Mandrin en 1967 n’a jamais perdu de son acuité. Chevènement était alors porteur d’un marxisme pur et dur, qui nous paraît désuet aujourd’hui, à base de nationalisations, de planification et d’étatisation à outrance, et de lutte du prolétariat contre le capitalisme et les bourgeois -c’était le programme du CERES, le mouvement qu’il dirigeait au sein du PS, qui l’emporta en 1981 jusqu’en 1983, sur celui plus libéral de Rocard au nom de “la rupture” voulue par François Mitterrand- mais sa critique de l’énarchie, d’une acuité redoutable, servie par une plume acérée, n’a jamais rien perdu de son actualité, au point que la mort de l’ENA, décidée par Macron, mais que d’autres énarques archétypiques comme Fabius et Juppé avaient appelé de leurs vœux, en a été l’aboutissement naturel.

La suppression de l’ENA, non pas pour faire plaisir aux gilets-jaunes comme cela a été dit mais tout simplement parce que: 1) cette école ne remplissait plus son rôle, telle que défini en 1945 par le général de Gaulle et Michel Debré, et que de réforme en réforme, il était devenu évident que l’ÉNA n’était pas réformable et qu’il fallait la refonder 2) destinée à sélectionner, formater et former (si peu) l’élite politico-administrative, elle en était venue à incarner l’arrogance, la pusillanimité, la lâcheté, la déconnexion avec la réalité et la France d’en haut à laquelle les Français attribuent à juste titre la responsabilité du déclin si ce n’est l’effondrement du pays; 3) enfin le Chef de l’État avait une raison personnelle à faire disparaître l’ÉNA: par son arrogance, par son mépris, par ses manières il en était venu à incarner tous les travers de cette école en concentrant sur sa personne toutes les détestations des Français.

Celui qui a aussi été la première incarnation du souverainisme, mais d’un souverainisme de gauche, importé du Québec, qui n’a jamais vraiment fonctionné dans les faits (l’impraticabilité du projet péquiste à faire du Québec une nation souveraine est devenue patente après l’échec du second référendum de 1995), s’est rallié à Emmanuel Macron en 2022, ce qui donne un relief singulier à ses grands airs patriotiques et ses prétentions à défendre la France en tant que Nation souveraine (alors qu’un Philippe Seguin, un Philippe de Villiers, un Jean-Marie Le Pen sont restés fidèles à leurs idées), dès lors qu’il s’est refusé au souverainisme de droite et à l’abandon de son internationalisme socialisant, avec la satisfaction de rester dans le camp du Bien, quand bien même Macron était le candidat du grand capital et de la bourgeoisie qu’il conspuait dans sa jeunesse. Restent quelques formules dont on ne se lasse pas, qui vont comme un gant aux énarques, et à Emmanuel Macron justement. Car si l’ENA a passé l’arme à gauche, l’énarchie vit toujours, et se porte bien !

  • L’énarchie, métaphore de la classe dirigeante à la française

Le mouvement des gilets-jaunes s’est inscrit dans une double tradition française, l’une est insurrectionnelle, héritée des jacqueries de l’Ancien Régime et des émeutes des sans-culottes contre la vie chère et la morgue des puissants, et l’autre qui puise aux sources du droit tiré de la loi naturelle sur l’exercice de la liberté de chacun et la lutte contre la servitude, et de la loi positive telle que formulée dans l’article 35 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1993 : le droit à l’insurrection contre un pouvoir tyrannique.

Comme l’hydre, l’énarchie se reconstitue à chaque fois qu’on lui coupe la tête, car elle n’est que l’un des noms du condominium politico-administratif français, de notre technostructure constitué des dirigeants de la politique, de l’administration et des entreprises du CAC 40, appuyée par une myriade d’experts de second rang partageant la même culture et les mêmes objectifs, par identification ou osmose, une classe dirigeante monolithique qui dicte ses choix à la France depuis des décennies, et plus exactement depuis 1983 et le moment singulier qui vit, sous prétexte de rigueur, nécessaire sur le plan monétaire après les surenchères dans la démagogie qui ont suivi mai 1981, le politique cédé la place à l’économique, et le double processus qui fit que l’État-nation a été remplacé par la société de marché et la société des individus, la démocratie d’élection par la démocratie d’opinion, la souveraineté populaire par une caste de saint-simoniens dont Attali, Minc ou Jouyet furent les duègnes, Pierre Rosanvallon le prophète et Emmanuel Macron le petit prince.

Il n’est besoin d’être énarque pour partager l’esprit de la technostructure, le véritable creuset des élites françaises et de leur entre soi étant Sciences Po Paris comme l’a révélé, sur le mode glauque et répugnant, le scandale Olivier Duhamel, suivant de peu le scandale Richard Descoings, et leurs suites et ramifications au sein de l’État. Hier, hauts fonctionnaires de l’État, sortis de l’ENA et de Polytechnique, ou parfois de Normal Sup, ayant d’abord transités par une grande école de commerce, ils sont passés par la toise du concours, ont été formatés à la pensée unique, ont sauté toutes les étapes d’un long et dur apprentissage sur le terrain par la grâce du classement de sortie, sont partis dans le privé pour pantoufler ou se faire avocat d’affaire aussitôt qu’ils n’auront plus rien à tirer ou à espérer de l’administration pour vendre à bon prix les talents incertains qu’on leur prête, et surtout monnayer leur carnet d’adresses, leurs réseaux et leur connaissance fine de l’État profond dont n’importe quelle grosse entreprise en française ne saurait se passer.

Aujourd’hui, les managers et les consultants des grands cabinets-conseils s’épargnent l’épreuve d’un concours de l’État, toujours difficile et aléatoire, puisqu’ils peuvent accéder directement aux instances de décision au sommet de l’État grâce aux liens qu’ils ont noués en école de commerce ou à Sciences Po Paris avec les futurs hauts fonctionnaires ou simplement par osmose quand les hauts fonctionnaires reconnaissent dans les hauts manageaires des partenaires naturels et des frères. Autre moyen: quand ils sont passés par l’ENA ou Polytechnique et qu’ils ont rapidement pantouflé, ils reviennent investir l’État, après avoir grenouillés dans le privé un certain nombre d’années, tout bardés de leurs entregent et de leurs idées, pour dicter au pays ce qu’il doit faire, comme les pontes de Mc Kinsey et de l’Institut Montaigne !

Ce n’est pas un hasard si la disparition de l’ENA et son remplacement par l’INSP, effectif depuis le 1er janvier 2022, décidée non par une loi mais un simple décret alors que la décision va impacter tout l’État, a coïncidé avec l’explosion des achats d’études aux cabinets-conseils, dont les montants ont doublés entre 2018 et 2021, et la présence envahissante dans l’appareil d’État de dirigeants venus du privé, ou de think- tanks et de lobbies « progressistes » (Institut Montaigne, Terra Nova, CFDÉtat). De même l’influence d’universitaires et militants partisans au sein des ministères (Françoise Hériter, Eric Fassin, Michel Wieworka, Pascal Blanchard, Hervé Le Bras), alter-ego des intellectuels médiatiques qui passent à la télé, ainsi que d’associations islamistes, indigénistes ou wokistes ayant pignon sur rue, actifs jusque dans les établissements d’enseignement (Osez le féminisme, Act Up, Milli Gorus, Unef, les Traoré), à qui l’on doit des politiques et des lois contraires aux principes inscrits dans la Constitution.

  • De l’État-nation à la Start-up nation

Nous avons assisté à un passage de relais, à une inflexion dans la balance du pouvoir entre les deux composantes, publique et privée, de la technostructure française qui, en association avec les détenteurs de capital, les médias et la jet-set culturelle globalisée, et leur alter-ego à l’étranger, forme notre classe dirigeante. L’approche de Michel Crozier, héritée de Raymond Aron, sur le phénomène bureaucratique reste d’actualité, sauf que le match public-privé a pris une autre dimension : c’est une bataille entre l’État-nation, héritier de plusieurs siècles d’histoire européenne, avec sa dimension politique et culturelle, ses grands commis à l’ancienne et l’intérêt général qui les anime, et la Startup nation, avec ses managers motivés par l’intérêt privé et les valeurs de nature individualiste, économique et pécuniaire qui les animent.

Les valeurs positives de la libre entreprise (efficacité, créativité, fluidité, jeunesse, communication, gouvernance, réussite individuelle) ont conquis le monde, même dans les régimes communistes, mais ses travers rédhibitoires asservissent les peuples (avidité, cupidité, corruption, brutalité, narcissisme, obsession de Soi), et les effets pervers du néo-libéralisme mondialisé (sans-frontiérisme, immigrationnisme, remplaçisme global, déculturation-crétinisation, règne de l’Argent, marchandisation du vivant, métissage et créolisation suicidaire, producteur-consommateur interchangeable) heurtent de plein fouet les principes de l’État-nation sur lesquels la France s’est construite et auxquels les Français restent attachés.

Pour les Français qui construisirent la Nation à partir de l’État royal puis de l’État républicain, c’est une dépossession politique inouïe, comparable à la dépossession populationnelle, religieuse, ethnico-culturelle du grand remplacement et la dépossession économique, industrielle, scolaire, intellectuelle du grand déclassement, signant l’affaiblissement de l’État (un État obèse et apathique au bord de l’apoplexie n’est pas fort) et le dépérissement de la Nation et notre suicide comme peuple, comme culture, comme civilisation.

II. La réingénierie de l’État: Mc Kinsey et la start-up Nation


Dans leur défense pour justifier le recours aussi excessif que coûteux aux cabinets-conseils, en particulier à McKinsey, non pour du soutien technique ou technologique mais pour définir des stratégies et mettre en œuvre des politiques publiques –stratégie vaccinale contre le Covid, gestion des masques, réforme des retraites, APL, transformation du ministère des Armées, politique d’achats des établissements publics et même la politique d’immigration et l’accueil des migrants (sous l’égide de l’inénarrable Aurélien Taché)- donc tenant à des prérogatives souveraines de l’État-nation, le président de la République et les ministres les plus exposés de son gouvernement marchèrent sur la corde raide à quelques jours de la Présidentielle.

Les contre-feux allumés par le gouvernement -accusations de manipulations et de délires conspirationnistes- furent consternants. Avec deux arguments qui auraient mérité, en période électorale, de faire l’objet de poursuites, car les règles n’ont cessé d’être allégées pour d’aller vers plus d’opacité pendant le quinquennat ! Le président de la République a menti devant des journalistes complaisants ou ignorants qui lui laissèrent dérouler ses arguments et faire son numéro de probe à la vertu bafouée, dans un one man show dont il a le secret, dans ce qui reste du théâtre qui ne fait pas rire.

  • Réformes Macron : plus de liberté et d’opacité, moins d’imputabilité

Les arguments avancés sont mensongers quand on sait que le gouvernement avec sa loi No 2019-828 du 6 août 2019 dite de « transformation de la fonction publique » et sa loi No 2020-1525 du 7 décembre 2020 dite « d’accélération et simplification de l’action publique », ou ASAP en bon français, n’a cessé d’assouplir les règles de passation de marchés publics, en augmentant les seuils de publicité et de mise en concurrence jusqu’à 100 000 € ou en permettant de signer des contrats reconductibles et des accords-cadres (décrets des 3 décembre 2018, 12 décembre 2019 et 23 août 2021) et d’ouvrir les postes supérieurs de l’État aux non-fonctionnaires par le biais de contrats d’emplois (décrets des 19 et 31 décembre 2019), donc sans acte administratif susceptible de recours devant la justice, en nous faisant ainsi pleinement passer à un système de spoil-system à l’américaine mais sans les règles de transparence et d’imputabilité qui prévalent aux Etats-Unis, et de réduire en même temps les droits individuels des fonctionnaires.

De plus, comme souvent dans les marchés publics d’études, il est difficile d’évaluer les prestations, surtout avec le peu de traces laissées: conseils oraux, rapports anémiques, évènementiels qui n’ont pas lieu, et il est encore plus difficile de juger si le recours aux cabinets-conseils a été justifié par un manque de ressources dans l’administration, le Code de la commande publique, aux articles R2100-1 et suivants, se contentant de préciser : « l’acheteur veille à choisir une offre pertinente, à faire une bonne utilisation des deniers publics et à ne pas contracter systématiquement avec un même opérateur économique ».

Enfin il faut savoir que les règles des appels d’offre sont souvent contournées, de manière légale ou non, sans que personne ne s’en émeuve, dans le petit monde du Conseil où tout le monde se connaît, travaille ensemble, s’admire mutuellement, s’échange des services et partage son carnet d’adresses. De manière légale, il est possible de passer par le mode des accords-cadres, et de manière moins légale il suffit de saucissonner les appels d’offre, ou d’utiliser une filiale ou un prête-nom, pour les faire passer sous les seuils de publicité et de mise en concurrence, une illégalité ne pouvant être soulevée que devant un tribunal administratif, et non devant le juge judiciaire, par un concurrent éconduit ayant intérêt à agir. L’infraction qui se cache souvent derrière une illégalité n’atterrit presque jamais devant le Procureur et encore moins devant la justice pénale.

Rappelons enfin que tout ceci n’est ni nouveau ni spécifique à la France, que le phénomène des services de conseils achetés à des firmes (McKinsey, Boston Consulting Group, Capgemini, Deloitte, KMPG) tient à l’idéologie libérale qui sacralise l’entreprise et le marché et démonise l’État, et qu’il concerne également les achats d’études faits à des laboratoires universitaires (le Cadis de l’EHESS par exemple, dirigé par un Michel Wieworka jamais avare des deniers publics pour promouvoir ses idées, comme je l’ai personnellement constaté), à des particuliers (le fameux rapport de Xavière Tibéri, épouse du maire de Paris) ou à des bureaux d’études proches de partis politiques (la fameuse affaire Urba impliquant le parti socialiste), qui n’ont cessé d’alimenter la chronique, judiciaire ou non, de ces trente dernières années.

  • L’aspect systémique du scandale McKinsey

L’affaire des cabinets-conseils, arrivée opportunément avant l’élection présidentielle, recouvre un scandale d’une autre dimension par son aspect systémique. Car les consultants de McKinsey sont dans un effet miroir avec le chef de l’État et le parti En Marche, ils sont dans un rapport de fascination narcissique réciproque: proches d’Emmanuel Macron (Karim Tadjeddine, celui qui a menti aux sénateurs, fut membre de la commission Attali), employés par LREM (Paul Midy a pris le poste de directeur général), embauchés à de hauts postes de l’administration ou au gouvernement (Marguerite Cazeneuve, passée par HEC, épouse d’un conseiller d’État, responsable de la task force vaccination du gouvernement est devenue la No 2 de la Sécurité sociale en 2021 et Eric Labaye a pris la direction de l’École Polytechnique).

Il faut aussi compter avec les ramifications « tentaculaires », pour reprendre le terme de la sénatrice Eliane Assassi, à la fois professionnelles et familiales, de “la Firme” : David von der Leyen, fils d’Ursula von der Layen en est, ainsi qu’Alexandra Dublanche et Frédéric Lemoine qui travaillent pour Valérie Pécresse, ou Victor Fabius, fils de Laurent Fabius, qui en est un des directeurs associés en France, sans oublier ceux qui sont passés par McKinsey en y nouant des liens solides, comme Laurent Fabius et Bernard Arnault, ainsi que les relations d’intérêts noués par Mc Kinsey avec le Big-Pharma : Pfizer, Moderna, Johnson&Johnson. Un certain Maël de Calan a fait très fort dans le genre, résumant à lui tout seul cette « fluidité » des consultants mercenaires au sein de l’État: partenaire associé chez Mckinsey il a participé à la stratégie vaccinale du gouvernement aux côtés d’Olivier Véran, tout étant président LR du Finistère, après avoir été le dauphin malheureux de Juppé chez les Républicains en 2017 et d’avoir créé Libres en 2019 avec Valérie Pécresse !

Comble de l’horreur, les McKinsey Boys ont travaillé GRATUITEMENT pour organiser les sommets macroniens du Tech for Good et rédigé BENEVOLEMENT le programme présidentiel de 2017, ce qui conforte des suspicions de conflits d’intérêt, de collusion et de prévarication (abus d’autorité, concussion, détournement). Car s’il y a bien une chose que les consultants des hautes sphères, qui sont avec les traders de marché et quelques autres ingénieurs hi-tech, la crème de la crème des grandes écoles et des meilleures universités, ne font pas, c’est de travailler pour rien, pour la beauté du geste, sans attendre un renvoi d’ascenseur, un retour sur investissement ! L’excuse du bénévolat chez les consultants, c’est du même ordre que le prétexte du mécénat pour un emploi fictif.

Quand on aura ajouté que Mme de Montchalin, la ministre de la fonction publique, était le contraire d’une fonctionnaire (après HEC et Harvard, elles est passée par BNP Paribas puis Axa, sans compter un mari consultant chez BCG) quand elle s’est mise au service d’Emmanuel Macron en 2017, on comprend que c’est la privatisation de l’État qui est en jeu, son adaptation aux règles managériales et à l’idéologie entrepreneuriale, y compris en remplaçant les hauts fonctionnaires, peu adaptés à la modernité, voire incompétents, par des consultants et managers venus du privé.

  • L’État à l’encan de la macronie

On connaissait le rôle du « pôle des milliardaires », influents ou propriétaires de médias (Bernard Arnault, Xavier Niel, Patrick Drahi, Pierre Bergé) dans la victoire d’Emmanuel Macron en 2017, ainsi que l’action décisive du « pôle des magistrats » partisans gauchisants qui déglinguèrent François Fillon, et plus récemment la contiguïté fangeuse du pôle de l’Institut Montaigne et de Sciences-Po Paris (Laurent Bigorgne, Richard Descoings, Olivier Duhamel, Frédéric Mion) dans la galaxie présidentielle. Il y a maintenant les missions troubles du « pôle McKinsey », ou l’ingérence des cabinets-conseils, au centre desquels une firme américaine ayant des liens avec l’État profond états-unien, dans les politiques publiques françaises, y compris le régalien, et même le militaire. L’État-nation à l’encan, « encan » venant du latin quantum « pour combien », c’est l’État vendu aux plus offrants.

L’affaire McKinsey n’est cependant que la partie émergée de l’iceberg qui permet de soulever le voile pudique étalé sur la corruption de l’esprit public et l’abandon de pans des politiques publiques à des intérêts privés, une privatisation de l’État qui n’est jamais que l’application concrète du concept de start-up nation. Du reste, qui a écrit la préface du livre de Thomas Cazenave, L’État en mode start-up. Le nouvel âge de l’action publique, en 2016 ? Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron ! Cazenave et Macron ayant le même parcours –ENA, IdF et pantouflage dans le privé- et la même idéologie. Ce sont des sénateurs du PCF qui révélèrent le McKinseyGate, de même que ce sont des journalistes de l’Humanité qui réactivèrent le RothschildGate sur les revenus non déclarés d’Emmanuel Macron à Rothschild car s’il est une chose que l’on ne peut reprocher aux communistes, c’est leur sens de l’État, qu’ils partageaient du reste avec les gaullistes.

La focalisation sur les cabinets-conseils et la possibilité de corruption financière nous fait cependant passer à coté de l’essentiel sur l’État profond, à savoir la corruption morale au sein de l’État, le remplacement de l’esprit public par des coalitions d’intérêts particuliers qui ne sont pas que financiers et d’un dépeçage de l’État par des groupes partisans et des idéologues militants, de droite ou de gauche, acquis aux conceptions sorélienne, gramscienne et trotskyste d’entrisme, de noyautage et de manipulation ainsi qu’aux techniques de communication à destination des foules, de manipulation des consciences et de conditionnement des esprits, qui sont celles de la propagande et de la publicité conçues simultanément par Charles Le Bon et Edward Bernays à la même époque que celles de Sorel.

Cette corruption de l’esprit public qui gangrène l’État n’a été rendue possible que par l’effondrement des capacités d’organisation des administrations et de la qualité du travail des fonctionnaires –ce que l’on tait car cela touchent à trois tabous : 1) l’effondrement du niveau de l’école, 2) l’inadaptation de la sélection et de la formation des fonctionnaires, et surtout 3) les modes de gestion en RH à base de techniques ou managériales copiées du privé, de féminisation forcée des emplois, d’accommodements avec la laïcité et l’islam, de promotion de la diversité, donc de discrimination, dans les embauches et les promotions, sur la base de l’ethnie, de la race, de la religion, du sexe et de l’orientation sexuelle, en violation des principes d’égalité et de non-discrimination de notre Constitution.

Le recours aux cabinets-conseils est devenue la panacée parce que les ressources humaines dans l’administration ne sont plus à la hauteur des besoins, et cela peut paraitre délibéré, dans une stratégie de démantèlement de l’État, au nom de l’idéologie néo-libérale qui dénigre le public et porte aux nues le privé, mais aussi au nom de l’idéologie anti-nationale, sur fond de dépossession culturelle et de confiscation identitaire, par le fait du grand remplacement du peuple français et du grand déclassement de la nation française, idéologie qui entend détruire tout ce qui ressort d’une tradition française (voir Refaire d’abord notre administration (VI) : Notre État : bloc d’improductivité, bloc d’incohérences, blocs d’incompétences).

III. L’État à l’encan parce que l’État-Léviathan


Un scandale qu’il faut rapprocher de ces autres scandales qui touchent l’État: l’impunité des hauts fonctionnaires aux emplois fonctionnels jamais responsables jamais coupables, l’absence de gains de productivité de la fonction publique malgré les économies suscitées par les nouvelles technologies, des procédures administratives toujours aussi archaïques, des effectifs de personnels administratifs qui continuent d’augmenter au détriment des emplois de terrain, des durées de travail bien inférieures et des retraites bien plus avantageuses que celles du privé, des déficits publics et une dette qui explosent, la multiplication des agences et autorités administratives indépendantes à la tête desquelles on retrouve la crème de la crème des grands corps de l’État et tout particulièrement les conseillers d’État, et un effondrement général du niveau des aptitudes ou des compétences, surtout chez les cadres, pour ne rien dire de ceux qui passés par la toise de l’ENA, dont le recours aux cabinets-conseils est le signe le plus évident.

  • L’entropie qui affecte l’État

Le processus d’entropie qui affecte l’État se décompose ainsi:

- Un profond malaise, d’ordre existentiel, dans certaines administrations d’État, et en tout cas aux ministères sociaux, où les agents sont confrontés, comme dans le reste de la société française à un effondrement de leurs repères et en particulier de leurs repères identitaires, avec des effets de désappartenance et de désaffiliation, ce qui influe sur leur motivation et le sens donné à leur travail.

- L’effondrement des compétences, des critères de compétences et de la capacité à analyser les besoins en compétences, générales et spécifiques, en particulier des cadres, empêchés mentalement de mener certaines missions telles que la prospective et l’analyse stratégique, une gestion des ressources humaines efficace, la conduite de projets), du fait: de l’effondrement du niveau de l’école, du niveau intellectuel ou cognitif, de de la valeur intrinsèque ou symbolique des concours; le recours aux contractuels, aux contrats d’emplois et aux firmes de cabinet-conseil étant, outre le parti-pris idéologique pour le privé, le résultat de ce “bloc d’incompétences”.

- Le remplacement, dans les processus de nominations et de promotions, de critères tenant au favoritisme d’ordre politique (encartage ou appartenance à tel ou tel parti, chapelle politicienne, syndicat dominant, confession religieuse, loge maçonnique), compte tenu de la dépolitisation et de la fin des grandes idéologies, par un critère individuel fondé sur les idéologies identiraristes (diversitaire, féminisme misandre, immigrationnisme, LGBTQ, intersectionnelle, islamo-gauchiste) en particulier au travers de deux politiques ministérielles clairement assumées mais sans base légale- la politique de favoritisme diversitaire et la politique de féminisation des emplois- et singulièrement dans les trois ministères qui se sont à la fois les plus idéologisés et les plus féminisés (professions de médecins, avocats/magistrats et enseignants): Santé-solidarité, Justice et Éducation nationale.

- L’usage, venu du privé et du parapublic, de techniques managériales de harcèlement (rebaptisé mobbing) à l’égard d’agents qu’il est difficile d’affecter à un poste, de contraindre à démissionner, ou d’obliger à travailler (syndrome France Télécom, Pôle Emploi, Conseil Économique et Social).

- Les quatre facteurs précédents provoquent de l’aigreur et du ressentiment dans nos administrations, surtout en France, où l’esprit sans-culottes (couper les têtes plutôt que d’avoir des têtes qui dépassent) n’a jamais disparu, ce qui débouche sur une ambiance de travail délétère faite de détestation du talent, de malveillance sournoise et d’indifférence mortifère.

- L’entropie est l’aboutissement logique dans un ministère centré sur la solidarité, mais dont les principes assurantiels conçus par le gouvernement du général de Gaulle ont été pervertis par le “social”, l’assistanat et l’idéologie du “care”, avec l’avènement d’un État Big Mother infantilisant, déresponsabilisant, étouffant annoncé par Tocqueville aussi bien que Nietzsche et Ortega y Gasset.

  • L’État sans Nation n’a plus de boussole ni de guide

Notre État est très affaibli depuis les années Mitterrand et Chirac, parce que l’État n’a plus de boussole qui puisse le guider: ni le peuple rejeté dans l’infâmie du rassis, du moisis, du nauséabond par la gauche moralisante et prêcheuse, parvenue et méprisante, qui comme les petits-bourgeois d’autrefois déteste avec mépris tous ceux qu’elle regarde en surplomb, ni la nation que la droite pudibonde et honteuse, affairiste et comptable, a jeté avec l’eau du bain sale de la mondialisation des échanges.

Avec l’affaissement de la frontière entre une gauche sociale-libérale et une droite libérale-sociale qui se ressemblent, et depuis que les partis de gouvernement socialiste et chiraco-sarkozyste perdent pied aux élections, ceci expliquant cela, et même avant, car les changements de l’opinion publique ont précédé le résultat des élections, la reconfiguration politique s’essaye au centre.

Comme un appel d’air, par le fait du vide et de la vacance politique consécutifs à l’effondrement des repères traditionnels de la ligne droite-gauche, les nouvelles idéologies, qui ont toutes pour particularité d’être anti masculines, antinationales et anti occidentales et de détester la France: son histoire, ses idéaux, sa grandeur, ses héros et le peuple-souche qui en fut le ferment et le porte-drapeau, se sont précipitées pour combler l’absence de lignes de force dans ce ventre mou du centre.

mardi 16 janvier 2024

Comment les sociétalistes ont vendu la France aux communautaristes

(Articles parus dans Boulevard Voltaire en 2013 et 2014)

1. De la danse des canards à la marche des pingouins

Voir ces trois pelés dix tondus antiracistes battre le pavé parisien ou se réunir au Rond-Point rappelle cette danse des canards que l’on braillait lors des noces alcoolisées des années quatre-vingt, avec dandinement obligé du séant dans la foulée. Encore que ces défilés, où les beurs n’ont pas cru bon de se manifester, évoquassent, quant au ridicule, plutôt la marche de l’empereur, cet appel pavlovien des pingouins à revenir labourer l’endroit qui les a vu prospérer.

Justement, sur l’origine de la marche des beurs, en 1983, Julien Dray nous en apprend de belles : « il y avait une forte présence de militants de gauche désemparés par les désillusions de l'après-1981 et qui s'inquiétaient des percées du Front national", éclairant d’une lumière glauque le tintouin fait autours du film récemment sorti où Mister Debbouze officie. Les potes furent accueillis en héros à Paris. Bianco et Paulhan adoubèrent Désir et Dray, avec le succès que l'on sait ainsi que le poste de premier secrétaire trente ans plus tard pour l'un, et un avenir en or massif pour l'autre, s'il n'avait eu l’idée saugrenue de s’en mettre plein les fouilles avant qu’on ne le lui dise.

Loin d'être spontané et désintéressé, le mouvement fut instrumentalisé par le parti socialiste, après les résultats spectaculaires du FN à Dreux et les deux années catastrophiques de socialisme étatiste, lors du tournant d'une austérité non assumée, exactement comme aujourd’hui avec François Hollande. Avec l'intégration européenne comme nouvel horizon politique et le droit-de-l'hommisme antiraciste comme arme idéologique, la mitterrandie se reconstruisit une légitimité pour les dix années qui suivirent, la proportionnelle ayant vocation à affaiblir la droite modérée avant que l'arme ne s’avéra à doubles tranchants car le FN mordait déjà sur l’électorat populaire.

Des canards aux pingouins, la commémoration de la marche des beurs s'est transformée en défilé de soutien à Taubira. Ainsi avons-nous vu manifester beaucoup d’ultra-marins, le CRAN en soutien. La chose est d'autant plus drôle que nos domiens sont fort subventionnés par les métropolitains dont ils se plaignent, sans compter les multiples zones de non-droit qui pullulent là-bas et feraient pâlir de jalousie nos banlieusards à la sensibilité exacerbée. La paix sociale dans les confettis de l’empire est à ce prix, avec l'argent public dont on n’est pas avare, pour une économie de comptoir, comme aux bons temps des colonies. Jusqu’à la prochaine parodie de révolte indépendantiste.

Nos îliens et guyanais ne s'en offusquent pas, au contraire. C'est du reste ainsi que Taubira, de militante indépendantiste revendiquée, inquiète de l’ethnicide subi par la petite bourgeoisie créole dont sa famille est issue en raison de l’immigration incontrôlée submergeant la Guyane, se laissa amollir par les yeux mouillés de Marianne aux bonnes fins de la servir. Depuis lors, la dame ne cesse de célébrer la France, enfin sa France bien à elle, débarrassée des hommes blancs hétérosexuels qui l’ont bâtie. Tous ses combats ne servent qu’à ça: rendre gorge à ce vieil ennemi et le remplacer par une France aussi métissée qu'elle, généreuse avec l’argent qu’elle n’a pas, ouverte à tous les vents mauvais de la tabula rasa, tout ça avec le bagout des arracheurs de dents. La République a été bonne fille avec Mme Taubira. La France compassionnelle se vend au moins offrant. Une génuflexion lui suffit.

Avec la récupération de la marche des beurs, on a vu la première étape du processus machiavélique concocté par les socialistes pour vendre la France aux communautaristes. D’autres jalons suivront.

2. De l’Idéologie française de BHL aux lois mémorielles à la Gayssot

La marche des beurs de 1983 a inauguré le processus qui a remplacé le modèle républicain assimilateur par son opposé communautarien, celui qui nous éclate à la figure aujourd’hui.

Le terrain était fertile. Mai 68 était passé par là. Des trotskystes Cambadelis et Weber aux droits-de-l’hommiste Kouchner et Coluche jusqu’aux potes Dray et Désir, ils détestaient tout ce que la France rance ou moisie incarnait. L’Idéologie française (1981) de BHL, peinture d’une France ad nauseam pétainiste et ad aeternam réactionnaire aura été leur bréviaire, leur petit livre des indignés, avant d'être remplacé par le Indignez-vous ! de Stéphane Hessel. 

Pour eux, l’État-nation relevait désormais des poubelles de l’histoire et l’identité nationale apparaissait comme une incongruité dans la société multiculturelle ouverte et sans frontières, faite de communautés juxtaposées, ou de nationalités comme on l'entendait  du temps des empires au 19e siècle, le processus d’intégration dans cet empire du mou qu'est l'Union européenne étant là pour le prouver. La deuxième gauche, libérale ou américaine, en lutte pour l’hégémonie face à la première gauche marxiste, ou socialo-communiste comme on disait naguère, leur fit bon accueil, Jospin et Strauss-Kahn en tête. L’antiracisme et l’humanitarisme devinrent le viatique de nos sociétalistes et la lutte contre le Front national leur fond de commerce, aussi affluent que prospère. Marcel Gauchet les avait pourtant mis en garde –les droits de l’homme ne sont pas une politique (1980).

Au moment d’accéder au pouvoir et à ses sinécures (la MNEF et les autres lieux de la corruption morale et financière de la gauche), cette génération eut le renfort de la sociologie d’Alain Touraine (le père de la ministre) en célébrant l’action sociale, et les communautés d'appartenance comme acteurs du progrès par les désordres sociaux. La France raciste (1992) de Wievorka fut leur ignomineux petit livre rouge, les grèves de décembre 1995 leur haut fait d'armes et le Nobel à Médecins sans frontières en 1999 leur consécration. L’acmé symbolique de leur triomphe vint plus tard en 2007 avec les épousailles grandioses au Cirque d’hiver entre Henri Weber l’ex-gauchiste fabiusien, symbole des intellectuels juifs de gauche et Fabienne Servan-Schreiber, héritière d'une famille de la grande bourgeoisie de la droite libérale.

C’est sur le terrain juridictionnel que le communautarisme a fait le plus de dégâts. La loi Gayssot de 1990 punissant l'antisémitisme et le négationnisme aura été la mère de toutes les lois mémorielles, en criminalisant les opinions non conformes, en instaurant une police de la pensée, en scrutant les coeurs et les âmes et en dictant aux historiens ce qu’ils devaient penser. Chaque communauté aura sa loi, la palme allant à la loi Taubira de 2001 sur la traite transatlantique qualifiée de « crime contre l’humanité », en omettant soigneusement les traites intra-africaines et celles vers le Moyen-Orient pour ne pas désespérer Trappe et agacer la Courneuve. La loi sur le Mariage pour tous aura consacré aussi, à sa manière, un autre droit minoritaire, celui du communautarisme homosexuel.

Plus la loi réprime l’expression des opinions et plus la parole a besoin de se lâcher. Plus la parole libre est censurée et plus la violence brute et sans fards a besoin de s'exprimer. Nos édiles ne savent plus rien de la catharsis oratoire. À force de sacralisation, vient la tentation de la profanation. Aucun autre pays que la France ne possède autant de lois punissant l’incitation à la haine, aucuns autres n’a cet arsenal d’associations subventionnées destinées à acter en justice et dans aucuns autres les haines interraciales, interethniques et interreligieuses ne se donnent plus libre cours.

Les mesures de discrimination positive, la Politique de la ville et pour finir l’argent du Qatar, en arrosant les gens de la famille, nous ont fait passer au modèle communautariste plein et entier.

3. De l’amour des cités à l’âge du fier communautarisé

En 2005 les émeutiers des banlieues ont pesé sur notre mauvaise conscience au-delà de toutes espérances. Ils ont braillé très fort et brûlé leur quota d’écoles et joué à la bataille de Poitiers inversé, grâce à quoi les Français apeurés, ces branques de petis blancs, ces batbous fragiles en sont venus à leur manger dans la pogne. Nos cités en feu furent pour la France ce que Chicago avait été pour les États-Unis en 1969: le déclenchement d'une guerre ethnique qui ne finira jamais, inédite jusque là chez nous.

D’aucuns affirmèrent que le modèle assimilateur français, efficace pour transformer en bons Français les Italiens misérables du Mezziogiorno, les Russes blancs exilés d’URSS, les juifs ashkénazes persécutés en Pologne ou les républicains espagnols chassés par Franco ne marchait plus et que le multiculturalisme devait le remplacer. Au moment où les Néerlandais en revenaient, ou que le Québec s’interrogeait sur ses propres accommodements déraisonnables. En 2005, l’avis de décès du modèle républicain était signé, après vingt ans de déconstruction et de démolition à coups de discrimination positive, de politique de la Ville et d’argent de l’étranger.

Dès la fin des années 80, la gauche culturelle s'amourache des cités. Sur fond d’affaire du voile à Creil, de rodéos urbains et du rap d’AIM et de NTM, quelque chose survient, comme l’ouverture d’un nouveau front révolutionnaire pour les orphelins du grand soir. De Roland Castro (Banlieues 89) à Françoise Castro (Mme Fabius à la ville), de Mathieu Kassowitz (La Haine) à Jack Lang et Pierre Bergé, les banlieues se parent de l’étrangeté suave des territoires ensauvagés, d'un "romantisme pour autrui" (Finkielkraut) qui donne le frisson aux beaux quartiers. Le Big Other (Jean Raspail, Patrick Buison) est né.

Les Tapie, Bartolone et Borloo activent la pompe à fric et le canon à subventions du ministère de la Ville pour acheter la paix sociale. À la République des droits égaux pour tous, et à son école, méritocratique et élitiste, se substitue le multiculturalisme prônant l’égalité des conditions, la lutte contre l’exclusion, la promotion de la diversité et la chasse aux discriminations: la droite et son zonage fiscal, ses niches du même nom et ses rénovations urbaines, la gauche et ses préférences ethnico-raciales pour tout ce qui n’est pas blanc, ses mesures de bonifications (ZEP, ZSP) pour ceux qui seront amenés à voter pour elle, et ses personnalités « issues de la diversité » fort contestées.

In fine une puissance étrangère s’invite auprès de populations dont on reconnait implicitement qu'elles obéiraient mieux à des Arabes. Le ministre Lamy préside les groupes d’amitiés avec la Bosnie-Herzégovine, le Maroc et le Qatar. Après les imams d'Algérie et d'Arabie, l’argent qatari soufflera sur les braises du salafisme au moment venu. Taspé préférée des tournantes, les jambes écartelées et le cul cabossé, la France n’en peut plus de se faire défoncer.

4. Quand la République bananière achète la paix sociale

Il y tombe des milliards comme s'il en pleuvait. Depuis trente ans qu'on les arrose ces banlieues, il devrait y pousser des champs de roses, pour ne pas dire le jardin des Milles-et-une-nuits. Après Hollande, à La Courneuve, c'est au tour de son premier sous-fifre Manuel Valls et du gouvernement quasi complet, d'aller leur offrir leurs hommages, aux Mureaux. Et rien pour la France périurbaine, celle qui souffre véritablement, mais n'abrite que des Français terriblement de souche !

On les qualifie de difficiles où de sensibles les territoires perdus de la République, et par extension les « jeunes » qui les habitent, par euphémisation et par déni, pour ne pas dire immigrés, délinquants, trafiquants et Français de papier. La novlangue a fini de les déclarer "fragiles" comme de petites choses vulnérables qu'il faudrait protéger.

Ils en rigolent bien les Farid, les Rachid, les Nahel. La racaille et les truands qui font la loi dans les zones de non droit ne respectent que la force et se moquent d'une police et d'une justice désarmées, au propre comme au figuré. Comme on le voit à Calais, à Moirans, à Montargis. Nos conquérants savent user dans les médias, de la panoplie du fragile: jérémiades, victimisation et misérabilisme. Ils ont intégré les codes de la société du spectacle à la sauce humanitaire. La gauche de patronage, saint-sulpicienne ou islamo-gauchiste, n'a cessé de se fourvoyer entre sociologie de la domination et postures victimaires.

Il faut le crier haut et fort, il n'y a plus de République, ni de principes républicains, ni rien qui ressemblât à quelque chose de français en ces territoires ! La France en a été chassée, et les Français aussi. Depuis que l'égalité des droits et l'égalité devant la loi, fondement de notre République, ont plié devant les lubies multiculturelles, la discrimination positive ou la lâcheté des édiles: ZEP, ZUP, DIV, ZFU, ZRU, ZUS, CUCS, grands frères, adultes relais, sous-préfets à la Ville, l'inventivité technocratique des mesures de la « politique de la Ville » atteste de son échec même.

Pire, pendant des années, sous couvert d’actions sociale, par le biais des subventions aux associations, la politique de la Ville a financé, en toutes bonne conscience et naturellement en violation flagrante des règles de neutralité et de laïcité de l’État, la promotion de l’islam, et même d’un islam ethnique et souvent d’un islam radical, les associations culturelles musulmanes étant le plus souvent le faux nez d’entreprises à vocation cultuelle pour gérer un lieu de culte ou payer un imam.

Dans les systèmes claniques, le vassal rend hommage au plus puissant. Merkel s'est rendue en Turquie comme à Canossa, la bourse pleine, pour qu'Erdogan retienne un peu, juste un peu, le flot des migrants. Hollande joue du Rafale et du Mistral perdant en Arabie. Sarkozy a offert au Qatar quelques-uns de nos bijoux nationaux et le droit de financer tout ce qu'il veut dans notre beau pays, l'islam radical compris. Et notre gouvernement pénitent va faire amende honorable dans les banlieues fragiles pour y déverser les mannes de la générosité nationale prélevée sur le travail des petits blancs.

5. L’increvable Jack Lang et les bons comptes de l’Arabie heureuse

C’est un mélange de commisération amusée et de déplaisir agacé que suscitent les vieilles gloires un peu passées. Prenez Jack Lang qui n’a jamais lâché les planches et le crachoir. Trente ans à arpenter les allées du pouvoir et à se faire mousser sur les plateaux TV, le brushing impeccable, la peau tannée, les chemises roses et les costumes bleutés de grand couturier. Le détenteur du ministère de la Beauté et de l’Intelligence, le précieux ridicule de la mitterrandie triomphante fut de tous les excès du socialisme princier et l’apôtre infatigable de tous les communautarismes.

À 73 ans, il pourrait profiter d’une retraite méritée, avec Monique, sa chère et tendre, et bien non, l’increvable Lang préside encore et toujours l’Institut du monde arabe. L’endroit a vu Baudis et Muselier se succéder, alors ça questionne évidemment, d’autant que l’impétrant veut de l’argent, 10 000 euros mensuel, nous apprend Jeune Afrique. Il a des frais de toilettes forcément, et puis être logé place des Vosges suscite des dépenses, vous pensez !

La gauche culturelle, orpheline des grands soirs révolutionnaires qui lui donnent le frisson et la font se pâmer d'aise, a mis son dévolu sur les banlieues que l'on disait arabes et non pas encore musulmanes à partir du milieu des années 80. Les immigrés deviennent les nouveaux damnés de la terre pour les socialistes au pouvoir qui veulent faire oublier leur tournant libéral de 1983. Jack célèbre les arts de la rue, les graffitis et les tambours du Bronx. Il adore les architectes. C’est un ministre bâtisseur, très florentin sur les bords, comme son maître Mitterrand, le Prince machiavélien. En 1987, il fête son apothéose avec 30 ans d'avance quand l’Institut du monde arabe est érigé en bord de Seine pour défier les tours de Notre-Dame. Quelques égorgements de Chrétiens et Notre Dame en feu plus tard, n’était-ce pas visionnaire !?

Avant les équipées sanglantes du GIA, de Fofana et de Merah, l’islam s’orne d’exotisme culturel pour les enfants d’Isaac venus d’Europe centrale, pris de tendresse pour les cousins issus d’Ismaël, séduits par la tolérance supposée aux mœurs dépravées vantées par les Fromentin, Gide, Colette, Loti, frères Tharaud et autres Anaïs Nin, en partageant le ressentiment rétro-colonial contre une France catholique trop conservatrice à leur gré. De Pierre Bergé à Frédéric Mitterrand, ou de Jack Lang à Douste Blazy, on fête l’Arabie heureuse, les nuits du ramadan et les douceurs équivoques de Marrakech. 

Notre ministre astral est revenu là où il a commencé. Depuis la faillite de 2008, c'est toi lecteur-contribuable qui finance l’Institut du monde arabe, et les émoluments de Mister Lang.

6. L’invention du vivre-ensemble et ses ratés récurrents

Les socialistes (à Dreux, en 1983, par la voix de Françoise Gaspard face au FN Jean-Pierre Stirbois) et l'officine Terra-nova ont inventé le mythe du vivre-ensemble pour nous obliger à aimer notre prochain très lointain plutôt que nos voisins, en nous donnant comme modèle l'entente supposée entre juifs et arabes dans les pays musulmans, avant la colonisation européenne, dans ce rêve irénique de convivencia sans les Chrétiens, à la façon que Gotthold Ephraim Lessing avait présenté les choses dans Nathan le Sage.

Si une coexistence pacifique avait été possible entre Isaac et Ismaël au cours de l'Histoire, rien n'interdisait de la reproduire dans nos banlieues si le Français xénophobe (et chrétien), que l'on n'appelait encore pas de souche, s'y voyait contraint. Tel a été le postulat d'une intelligentsia de gauche célébrant un Âge d'or judéo-arabe tolérant et aux mœurs douces et faciles, rejointe par la droite Algérie française enkystée dans son rêve nostalgique de Sahara et d’une nation de 100 millions d’habitants (Chirac, Giscard, Debré).

Le mythe a été élaboré à la marche des beurs, récupérée par SOS Racisme, avec son célèbre sigle, fait de la main de Fatima et du jaune de l'étoile juive, "une captation de l'antiracisme par les feujs " (Zemmour).

Le film l'Union sacrée (1989) d'Alexandre Arcady, avec Richard Berry et Patrick Bruel, sur une musique de Goldmann, a illustré d'une autre manière cette captation d'héritage.

La banlieue et ses habitants se parent alors de romantisme rebelle pour une gauche orpheline d'utopie révolutionnaire. L'institut du monde arabe est érigé sur la Seine, comme un défi aux tours de Notre-Dame.

La politique de la Ville et sa discrimination positive, contraire aux principes d'égalité, d'unicité et d'indivisibilité et à l'assimilation républicaine, et la politique du logement et sa mixité ethnico-religieuse, imposée aux petits blancs, explorèrent toutes les possibilités du vivre-ensemble.

L'année dernière à Sarcelles, dont DSK fut député-maire et sur laquelle Michel Wieworka, le grand expert de la France raciste et antisémite, et le héraut de l’anti-France vendue à l'étranger, posa son regard équivoque et partisan, on a vu ce qu'il en était vraiment quand les émeutiers pro-palestiniens incendièrent des magasins aux cris de "mort aux juifs". Tous les homicides antisémites en France depuis 1945 ont été commis par des arabo-musulmans.

La revue Le Débat, dans son numéro de nov-déc 2014, sous la plume de Georges Bensoussan, a déboulonné le mythe du vivre-ensemble. Au Maghreb ou au Moyen-Orient, la puissance coloniale retirée, les quartiers juifs se sont vidés. Le touriste qui se rend à Essaouira au Maroc constatera de lui-même que le mellah est vide et tombe en ruines.

Le CRIF par la voix de Cukierman remerciant Valls de ses dernières largesses à 100 millions d'euros n'en continue pas moins de nous bassiner avec le vivre-ensemble conçu pour culpabiliser les Français. Nagui et Richard Berry qui s’écharpent en ce moment nous en rappellent bien à propos la fumisterie.

7. Des p’tits beurs de Terra nova au chiffon rouge Taubira

« Je pense qu’elle a été choisie parce que sa couleur pourrait servir de bouclier quand elle aurait à proposer des choses inacceptables ». De l’art indélicat, mais juste, de Jean-Marie à mettre les pieds dans les acras : Taubira agitée comme une muléta devant l’infâme à tête de taureau, et les réformes sociétales pour enfumer le populo, lui donner un os à ronger par un Hollande plus vicelard que l’on croyait.

Duflot a dénoncé la dégueulasserie du centaure, mais n'a trouvé rien à redire à un Éric Zemmour qui a fait de Taubira un portrait similaire, ajoutant à la charge en incompétence, pour faire bonne mesure, les jolis minois de Yade et de Dati. La mère Thénardier de l’écologie a des indignations sélectives, mais le sens de ses intérêts électoraux.

Le dernier étage de la fusée communautariste du multiculturalisme français fut conçu par Terra Nova, là où nos maîtres à penser socialistes, héritiers de la fondation Saint-Simon, donnent la réplique à leurs compères du Siècle. La chimère d’une France black-blanc-beur est devenue leur machine de guerre électorale, en jouant les beurs et les renois contre les p´tits blancs, puis les feujs et les musulmans contre la France catholique coupable de tous les maux, dixit Vincent Peillon, attisant ainsi les braises communautaires. Nous avons échappé au vote des étrangers mais pour combien de temps ? Ils bénéficient déjà des droits du pote et du citoyen et de notre sollicitude invétérée.

Les énarques, ceux de Terra Nova compris, naguère commis à servir l'Etat et à la défense de l’unité nationale sont passés avec armes et bagages au multiculturalisme. Un signe qui ne trompe pas, le nom des promotions de l'ENA: autrefois, des héros nationaux et l’inscription des principes républicains, depuis quinze ans, une caverne d'Ali Baba où Michel Debré ne retrouverait pas ses bébés: éloge de l’Islam soit-disant tolérant d’Averroès, célébration de chefs d'Etat étrangers (Senghor, Mandela mais sans de Klerk, trop blanc et trop batave alors que c'est lui qui mit fin à l’apartheid, Willy Brandt et pas Adenauer) et béatification des vivants (Badinter, Veil).

Dans les décisions de la mairie de Paris pour débaptiser et rebaptiser les rues de Paris, on voit les mêmes choix sectaires et partisans. Quand quelqu’un de très à droite, sioniste invétéré, faucon du Likoud, se voit honorer par les édiles pro-palestiniennes de Delanoé et Hidalgo, il y a forcément anguille sous roche: Isaac Rabin a son jardin à Paris tout simplement parce qu’il est mort sous les balles de quelqu’un de plus à droite que lui. Comme ce n’est ni l’intelligence ni la culture qui les anime, la seule cohérence que l’on peut trouver aux apparatchiks du parti socialiste est leur lutte à mort et sans merci contre la droite. Dutilleux et Michel Déon furent les derniers en date à en avoir fait les frais imbéciles post-mortem.

On atteint le sommet de l'hystérie furieuse et de l'universalisme assassin, quand le ministre des Affaires étrangères fait le panégyrique du général Giap, le boucher de Dien Bien Phu, et quand Hollande pleure Madiba et met les drapeaux en berne, et que les médias se taisent sur l’échec de la nation arc-en-ciel, sur la corruption effrénée de l’ANC, sur le séparatisme de l’après l’apartheid, sur les tueries d'Afrikaners comme solution de moindre mal entre des communautés qui ne peuvent pas vivre ensemble. Que vont-ils nous inventer à la disparition de Robert Mugabe, un super méchoui de fermiers blancs, halal bien entendu ? Si tout cela n'était si triste, on s'en taperait sur le ventre.

Avec Dati et Taubira, on voit où le pays aura sombré. La fonction de garde des Sceaux, la plus symbolique qui soit, car en charge de la signature de l'Etat, a été confiée à des personnes qui ne la méritaient pas, pour une fonction d’affichage, pour leur capacité à diviser l’opposition et à cliver le pays.

La volonté délibérée de casser la France se nomme une forfaiture, pour ne pas dire une trahison. Le machiavélisme hollandien aura permis de resserrer les rangs d’une gauche agonisante, via le battage du Taubirathon, au risque de faire de l’antiracisme une guerre de religion et de mettre le pays à feu et à sang.